Résilience, la leçon de Boris Cyrulnik

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Boris Cyrulnik. Conférence sur la résilience. Son grand classique. Qu’il maitrise et narre comme personne. Il joue comme un enfant avec le public, seul sur scène, avec les mots, simples, les exemples lumineux, épurés, les anecdotes. Un style inénarrable. Mais je vous raconte quand même.

En préambule, Boris Cyrulnik raconte le lien entre l’âme et le cerveau. Son postulat de base, pour mettre tout le monde d’accord (après avoir un peu écorché Descartes, paix à son âme) : l’âme et le corps sont la même chose, le cerveau est sculpté par nos émotions, dixit la neurologie. L’enfant et son cerveau, se construisent avec l’autre, avec les émotions qu’il vit avec ses parents, ses frères, ses sœurs, la tribu. Dans un cadre d’échange, dit normal ou équilibré, sans trauma, les neurones sont sollicitées et les lobes pré-frontaux développent, le cerveau grandit. L’enfant privé de cela aura donc une développement neurologique, moins harmonieux.

Deuxième mise au point. Boris rappelle que chaque individu traverse des épreuves dans sa vie. L’épreuve est un moment difficile, que l’on traverse avec une conscience de ce qui arrive, avec une capacité à se projeter dans un après, une recherche de solution. Une épreuve est un peu difficile, mais n’altère pas les fonctions neurologiques. Dans les épreuves, on reste soi même. On cherche ce qui marche pour se débattre, pour s’en sortir. En revanche, le trauma, c’est autre chose. C’est un événement si intense que le cerveau s’arrête, temporairement. On perd une partie de sa capacité à réfléchir, à se penser. Et si on est seul. On ne se relève pas. Note : la limite entre trauma et épreuve est non prévisible, cela relève de la sensibilité et de l’histoire de chacun. Il n’y a pas de lien entre l’intensité du trauma et l’effondrement. La signification des trauma est très intime. Bref, à chacun son craquage personnel.

Et c’est là que la résilience entre en piste. On a vu le cerveau qui se développe, le trauma qui arrête tout. Et c’est là que la résilience entre en piste. Qu’est ce donc ? C’est la capacité à dépasser cet état de trauma, cela peut même être la capacité de transformer le trauma en quelque chose qui aide l’évolution. Boris Cyrulnik a utilisé une belle expression pour évoquer la résilience : c’est remettre de la liberté là où le cerveau est prisonnier. Mais pour cela, il faut faire travailler la mémoire, évoquer, ré-évoquer son histoire. Les moyens de la résilience sont donc tous les prétextes pour alimenter le cerveau avec des idées, qui viennent manipuler à nouveau une histoire figée. C’est là que le rôle de l’autre va à nouveau entrer en jeu, comme dans le cas du petit enfant qui se construit. Puisqu’il s’agit de stimuler un cerveau engourdi: la présence silencieuse, une main sur l’épaule, un café chaud tendu, une œuvre artistique, du sport, une conversation au restaurant, un film, une chanson. Ici, l’art aura pour vocation de lancer un fil d’associations nouvelles, un point de vue différent, une projection individuelle autre. Tous ces petits pas sont essentiels pour redonner de la flexibilité à l’histoire de l’individu. Tout ce qui va venir caresser doucement le trauma, créer une relation de sécurité pourra conduire l’individu vers la résilience. Viennent ensuite les phases actives qui peuvent être un récit, un écrit, un débat. Tout ce qui permettra de se projeter positivement comme l’altruisme, le collectif, le don. Toutes ces mécaniques qui réactivent la relation vers l’autre. La résilience, c’est dépasser le trauma, redevenir soi, libre et conscient. Tout un programme.

Nous voilà donc avec de belles définitions. Boris Cyrulnik est clair, si clair que l’on a l’impression que trauma et résilience sont presque un acquis. Et puis viennent les questions du public. Ici encore beaucoup d’humanité et d’apprentissage.

La résilience et devenir fort. Au jeune homme qui avoue avoir subi un trauma, et qui demande ‘mais finalement, le trauma et la résilience, n’est ce pas une chance pour l’individu qui ressort plus fort’. On a tous envie d’entendre Boris dire oui, oui, bien sûr, les contes de fée, Nietzche, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, toussa. Et bien non. Boris nous rappelle que le trauma laisse à chacun une marque de vulnérabilité, que l’on peut sublimer, raconter, explorer, mais qui restera une vulnérabilité. Toute sa vie. Passer une seconde fois sur cette trace de vulnérabilité, et l’individu tombe à nouveau.

La résilience, toujours possible ? A l’éducateur qui demande comment mesurer la capacité de résilience d’un enfant ou d’un adulte, Boris donne quelques pistes. La salle écoute encore, religieusement. Tout dépend de avant, pendant, après. Avant. Dans quel type d’ambiance l’individu se trouvait-il ? Entouré, nourri, en présence d’altérité. Ou isolé et en carence affective. Pendant. La source du trauma joue un rôle important dans la résilience, puisqu’elle induit directement la capacité de pardon de l’individu. On aura plus de facilité à pardonner une cause éloigné, lointaine, une catastrophe naturelle. Mais plus la cause du trauma se rapproche de son cercle de confiance ou d’intimité, plus le pardon est difficile. Et la résilience longue. Après. Si juste après le trauma, l’individu est resté seul ou s’il a été entouré, même silencieusement, la résilience pourra être plus accessible.

Pour aller plus loin. Évidemment Boris Cyrulnik a écrit des livres, fait des articles, est apparu dans des interviews et conférences. Et je ne peux que vous encourager à aller les consulter.  Ses mots sont autant de pistes pour comprendre ou relativiser ses propres épreuves ou trauma ou aider son entourage à surmonter les moments difficiles.

 

 

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