La vie, à travers un pare brise éclaté

 

Méhari-03

Cette semaine, je me suis réveillée avec un doux message de ma voisine. “Virginie, je préfère te prévenir, le pare brise arrière de ta voiture est abimé.” Mmmm. Effectivement. Irrécupérable.  J’ai fini le boulot des indélicats pour éviter de semer des bris de glace dans toute la ville. Cette histoire de pare brise brisé, c’est un incident – modeste – qui vous oblige à faire un petit pas de côté dans la vie, et de faire des choix. Vivre une petite semaine sans pare brise arrière aurait largement mérité un TEDx, mais, ami lecteur, comme je reste une modeste blogueuse intermittente, je préfère écrire un billet.

Quelques précisions. Ceux qui me connaissent savent que je suis peu attachée aux aspects matériel de ce monde, que je roule dans une voiture de bonne mère de famille (c’est comme bon père de famille, mais c’est moi qui conduit), récupérée in extremis alors qu’elle partait vers une seconde vie, un peu fatiguée. Cette voiture croise rarement un aspirateur (ou alors quand je sais que je dois transporter un #gens qui s’habille bien), et son coffre est un peu une extension de ma cave (ou de mon sac à main), puisqu’il contient des planches de surf en polystyrène, une rame d’un bateau gonflable disparu, des fringues à donner, et un assortiments de skate et de rollers de peu de valeur. Mais venons-en aux faits. Qu’ai je appris grâce à cet incident de vitre brisée ?

La recherche du coupable. Le premier réflexe est souvent de trouver un responsable, quelqu’un à blâmer pour ces éclats de verre. Dequiestcedonclafaute ? Suis-je coupable ? Oui, la culpabilité, ce truc qui dit que peut-être l’ai-je mérité, que si je rangeais un peu mieux cette voiture, elle serait moins tentante… Puis non. Okay, mais si ce n’est pas moi. C’est un autre. Quel autre ? Qui ? peut être ce gars, que j’ai un peu malmené. Il connait mon nom, ma voiture, il aurait pu… [ici des cogitations improbables et compliquées]. Puis non. J’ai décidé de ne pas prêter attention à cet élan de recherche de coupable. On ne saura jamais qui a brisé cette vitre, et c’est la vie. C’est reposant comme tout de conclure ainsi. “Peu importe qui, c’est arrivé, et je n’y peux pas grand chose.”

L’anxiété du monde. Une fois que l’on a réglé entre soi et soi le problème du coupable, que l’on se dit que c’est la vie, il y a les autres. Les personnes à qui l’on raconte, ou que l’on croise sur un parking. “Oh la la, mais que vous est-il arrivé ?”. Et qui répandent, leur haine, leur peur. “Ha mais c’est comme ça de nos jours, on ne peut faire confiance à personne. Le plaisir de casser, sans raison, ces petits cons …”. Donc, j’ai finalement évité de parler de cette affaire, pour ne pas renforcer cette vision triste du monde, favoriser la haine des autres – surtout de ceux que l’on ne connaît pas, je le rappelle.

La question de l’intime, de la confiance. Avoir son pare brise arrière cassé, c’est un peu spécial. On a l’impression que n’importe qui pourrait plonger sa main dans la voiture, jeter un papier sur les sièges (oui, parce que quand même cette voiture est souvent traitée de poubelle par ses passagers), s’asseoir au volant, ou récupérer un skate d’enfant dans le coffre (le contenu de mon coffre est toujours là, je n’ai pas eu le temps de le vider, et il est plein d’éclats, je ne sais pas comment font les gens pour faire tout parfaitement, en temps et en heure). Pire, on pourrait imaginer un intrus talentueux, qui pourrait la démarrer et l’emporter. L’absence de pare brise, c’est un boomerang dans la gueule de la propriété privée. Même si je prête ma bagnole à qui veut, c’est pas pareil de me dire qu’un-e inconnu-e pourrait en profiter. C’est par ailleurs la porte ouverte à la suspicion. Et bien j’ai décidé de prendre ce risque. Me garer à Marseille ou dans ma ville. Et me dire que personne ne va rajouter à mon malheur de vitre cassée, un vol ou une dégradation. Bref,  je veux avoir confiance en l’humanité, tourner le dos à cette histoire stupide de destin qui s’acharne (aux dernières nouvelles, ça marche).

Le confort en toute situation. Qui dit pare-brise arrière absent, dit remplacement temporaire. Peu d’options existent en attendant que mon gentil et compétent garagiste le remplace. Les avis convergent rapidement sur le fameux sachet poubelle plastique, option solidité, éventuellement renforcé par un carton, scotché soigneusement sur la carrosserie. Ce fameux dispositif qui fait crchrchchkrichrkri quand on roule, m’exaspère, et me rappelle sans arrêt l’incident. Donc, non. Même si cette protection aurait pu me donner un début d’assurance (illusoire) que personne ne pourrait accéder à mon coffre (cf, le point sur l’intime et la confiance), j’y ai très rapidement renoncé, préférant rouler les cheveux aux vents, plutôt que de subir ce bruit de sachet contrarié et contrariant.

Finalement, cet incident m’apprend à lâcher prise sur le monde des objets, un peu plus, et le côté anxiogène et obscur de nos villes et de ses habitants. Je crois que je suis prête pour acquérir une décapotable. Une méhari, ce serait pas mal …

Picture : lancement de la Méhari en 68, sur  un golf de Deauville.

Culture numérique, les signaux faible de notre futur.

Il y a quelques semaines, TheCamp recevait Nicolas Nova. Un anthropologue dont le sujet de prédilection est la technologie. Dans un amphi réunissant startuper et fan du bonhomme, Nicolas nous a donné un aperçu de ce que pourrait être notre futur numérique. Son credo ? Les signaux faibles, tirés d’usages innovants d’artistes numériques pourraient être un indicateur de ce que le monde pourrait être demain.

 

nicolas nova at the camp

Culture numérique. Nicolas Nova étudie les technologies, et son dada du moment est l’étude de la culture numérique. Culture, au sens création artistique. Numérique, au sens logiciel, algorithme, code, outils. Voici quelques exemples de créations d’œuvres culturelles triées sur le volet que Nicolas partage en introduction de sa présentation.

La création originale. Mais que se passe-t-il lorsque les machines génèrent des œuvres d’un style nouveau, par association, recombinaison, mélange. On peut se laisser aller à cette réflexion en observant le résultat des artistes suivants :

  • Greg Borenstein a codé un logiciel qui créée une bande dessinée en associant des passages de romans policiers, avec des photos trouvées sur Flickr, qu’il assemble après un travail graphique noir et blanc. Le résultat ressemble à une bande dessinée, qui a du sens, une esthétique et une cohérence pour nous, humains. http://gregborenstein.com/comics/generated_detective/1/
  • Darius Kazemi aime mélanger les contenus et joue avec des bots, notamment sur Twitter. par exempele, il crée des headlines de journaux fantaisistes, qui parfois ressemblent comme deux gouttes d’eau à nos actualités (ou pas). Mais moi, j’aime bien celui-là. Évidemment, toutes ces œuvres sont disponibles sur github en open source.
  • Bernard Bauch fait partie des ghost writers, un artiste qui ordonne aux machines de générer du contenu automatiquement à partir de commentaires aspirés sur YouTube. Le livre est packagé et publié sur Amazon, qui a du mal à distinguer un vrai livre d’un faux. https://www.amazon.in/This-fuck-Matooli-Rkotm-ebook/dp/B008UCCWGK
  • La tête tourne un peu lorsque Nicolas explique qu’un artiste génère avec des robots de la musique, destinée à être écoutée par des robots, postée sur Spotify, créant un trafic réel entre robots, et alimentant la machine à monétiser de ce genre de plateforme.

Mixer, métisser, c’est prêt. Nicolas Nova nous rappelle néanmoins que cette façon de mixer, mélanger, reprendre et tordre n’est pas nouvelle. C’est peut être nouveau dans les cultures numériques, au sens artistiques, mais ceci est un procédé que les adeptes du métissage, mélange, et inspirations multiples utilisent depuis longtemps (par exemple, le Reggae). Il souligne également que ce niveau de manipulation de données, de mixage, n’est possible que parce que nos outils numériques, les formats des données sont standards, ont atteint une certaine maturité. Par ailleurs, ce jeu artistique sur l’automatisation (de la génération de contenu, à la publication, en passant par la monétisation) est extrêmement précieux puisqu’il met à nu les limites de la mécanique de nos outils et plateformes numériques, nous explique Nicolas Nova.

So what ! Que se passe-t-il quand ces procédés de génération d’œuvre ou de contenu atterrissent dans la vraie vie, pour servir des entreprises ? On tombe sur des articles de journaux générés automatiquement dans Forbes grâce à Narrative Science. On tombe cette notion de centaure , association pour le meilleur de l’homme et de la machine,  répandue dans le milieu des échecs.

Qu’en conclue notre anthropologue ? Premièrement. Les hommes ont effectivement intégré la technologie, ils ont une relation avec les machines, mais le niveau de maîtrise et de compréhension est plus élevé que ce qu’on le croit. Néanmoins, il reste des études à conduire pour comprendre notre relation aux outils numériques, automatisés, ou non. Deuxièmement. Il existe des pistes où l’homme et la machine, peuvent faire des choses positives, collaborer pour créer quelque chose de nouveau. Troisièmement. Ignorer la puissance des machines, n’aidera pas à empêcher la possibilité qu’elles remplacent l’homme dans des domaines.

 

Note : je recommande cette présentation faisant le point sur la collaboration homme machine, en type Centaure, par Amy Kruse « Human 2.0: How to Build a Centaur & Why It’s Going to Change the World” https://www.youtube.com/watch?v=O4AvEgoS2cs

** Picture by Ecochard Claude

 

Artistes et Robots, et vice versa…

Une exposition Artistes & Robots ? Au Grand Palais.

Impossible de louper cette occasion mêlant deux de mes passions, technologie et art. Le Grand Palais nous régale d’une série d’installations des années 70 à nos jours, sur la créativité des artistes sur le thème ou le media de la mécanique, la programmation, des logiciels apprenant, et du mélange des genres. Chaque installation est à vivre, puisqu’il s’agit bien, pour nous humains, de nous placer devant des expériences inédites, et d’explorer ce qu’elles provoquent ou révèlent de nous. Quelques expériences étonnantes.

 

 

 “Human Study #2 de Patrick Tresset

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Trois robots studieux qui regardent et dessinent. Appliquer une mise en scène scolaire avec un pupitre, une gestuelle humaine (regarder, dessiner, regarder, dessiner) à une  machine composée d’une caméra connectée à un bras mécanique. L’expérience nous donne l’impression d’observer de vrais écoliers. C’est troublant.

 

 

Reflexão #2 de Raquel Kogan

Une chambre noire, la chambre de la matrice, avec des miroirs, réflexions infinies, des chiffres défilent. On y entre, en silence, les chiffres défilent toujours, sur nous, malgré nous. On peut y jouer des heures, à regarder ces colonnes, nous parcourir, imperturbables, ou presque, puisque notre présence y incruste des zones d’ombre.

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Pissenlits de Michel Bret et Edmond Couchot.

Des pissenlits géants, flottent sur un écran. Ils réveillent notre envie de souffler. Heureusement Bret et Couchot ont pensé à tout. Un pupitre, un micro, une indication “soufflez”. Là, l’intensité du souffle du spectateur est capturée, et reproduite en temps réel sur ces pissenlits, qui se dénudent pour notre plus grand plaisir. Nul ne résiste. L’humain reprend le pouvoir sur l’image et sourit. En boucle.

 

 

 

 

 

Fleurs de  @ChevalierMiguel

Ici, Miguel Chevalier propose de mettre en scène des fleurs géantes exotiques et inventées, et nous offre de les voir grandir, saluer, et disparaître. Cycle naturel virtuel. L’immensité d’une nature colorée, sous nos yeux, à portée de main. Hypnotique.

 

 

 

 

 

ORLANOIDE de Orlan

Le summum de la réflexion, et du clash humain-robot. La plasticienne française Orlan installe un robot à son image (du moins à son visage), doté de logiciel apprenant, et d’interface de communication avec le monde, de bras mobiles, bref, un robot humanoide. Orlan nous propose un dialogue entre elle, présente en vidéo enregistrée, et son double, présente au Grand Palais. Nous assistons à leur échange, les deux voix, l’une après l’autre, Orlan apprend à sa version robot à déclamer de la poésie, à intégrer le fait qu’elle n’aura jamais d’émotion puisque elle est un robot. Et, heureux hasard, au beau milieu de ce dialogue étonnant, débarque Orlan, la vraie, en chair et en os, microphone en main, qui explique son procédé, sa démarche artistique. Nous voici temporairement avec trois versions d’Orlan, plus ou moins incomplètes.  Et une espèce de mise en abime qui donne le vertige. Une vision de nos futures vies parallèles et complexes, mêlant  représentations réelles et logicielles ?

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L’exposition est finie. Oui, en faire la promotion alors que vous ne pourrez pas allez voir ces merveilles, c’est moche. Mais l’intégralité de l’exposition est très bien expliquée ici [PDF], vous pouvez butiner dans la liste des artistes présentés ici, et je vous encourage à faire un tour sur ce qu’en ont dit les visiteurs, sur #ArtistesEtRobots. 

 

 

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Wanted. La délicatesse des machines.

retro toy team

Les logiciels apprennent et prédisent. Ils apprennent. De la donnée des foules, de nos cycles standards et répétitifs, de nos tendances à faire comme d’habitude, de nos petites ou grandes vies rangées, en moyenne. Ils apprennent doucement, en silence, ils repèrent nos habitudes. Puis ils prédisent. Ils nous aident. Ils nous suggèrent de…

Évidemment, la question de la reproduction à l’infini des schémas et des cadres se pose, tout comme celle  du droit à l’écart. Comment allons-nous prendre des chemins de traverse, si les machines nous gardent – malgré elle, au nom de notre passé – dans le droit chemin, et nous entraînent vers un futur parfait, prédit et tailor-made ? Le métier qui nous ira, par le chemin que nous aimerons, ou qui conviendra le mieux à nos capacités. Peut-être, les machine apprendront-elles à lâcher du lest, à nous livrer de petites folies de temps en temps, pour soulager la norme, pour satisfaire nos envies d’autre et d’ailleurs. Peut-être.

Mais quid de la vélocité des logiciels qui nous accompagnent chaque jour pour comprendre nos brisures de vie. Celles du déclic. Celles du destin. Quid de la capacité des machines à comprendre que ces fleurs que nous achetions n’ont plus lieu d’être nos préférées, et qu’elles nous feraient presque mal aujourd’hui puisque la personne qui nous les offrait a disparu. Comment les machines apprendront-elles à ne plus nous suggérer d’écrire à un tel ou une telle puisque nos routes se sont séparées ? Quid de l’adaptation des machines à nos propres éclairs de lucidité, imprévisibles. De ceux qui nous font dire : je ne peux plus, je ne veux plus, je suis prisonnier, je change. Comment les machines comprendront-elles nos étapes de vie, si personnelles, si intimes, ces marches franchies, on ne sait pas bien comment – parfois bien malgré nous et dans le chaos.

Rassurons-nous. En moyenne, tout se passera bien. Une brisure ? Le temps fera son œuvre aussi sur les logiciels, qui repèreront nos changements d’habitude, referont le travail d’apprentissage, dans notre sillage. A l’échelle d’une vie, mes logiciels et moi-même évoluerons en duo, jumeaux, accordés. Mais, loin des moyennes, dans ma vie de tous les jours, dans mon présent, comment les machines apprendront-elles la délicatesse des amies et des proches ? Cette délicatesse qui permet d’éviter les sujets qui assombrissent, de ménager les esprits et les cœurs, de faire une ellipse, de comprendre que pas maintenant mais sans doute plus tard, de garder le silence. Cette délicatesse qui nous rend si précieux.

Je n’ai rien trouvé sur la question. Je scrute les internets et je vous tient au courant.

PS : quelques articles sur l’intersection homme, machine et émotion, en attendant

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Revolution graphique @ La Friche La Belle de Mai

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La Friche La Belle de Mai accueille une exposition aux influences populaires mexicaines. Trop d’artistes pour être cités, mais je partage ici quelques trésors. Du noir et blanc, de la lithographie, des masques traditionnels ou moins classiques. A voir. Pour l’agitation et la créativité graphique.

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Il y a également en ce moment une exposition sur Empathie et Travail que je vous recommande…

Harun Farocki à La Friche La Belle de Mai

 

J’aime le lieu de la Friche La Belle de Mai. J’y ai de beaux souvenirs, de rêveries, de lumières, d’éclats de rire, de légèreté. J’aime ses murs, le béton et ses fenêtres. Dimanche dernier, j’y flânais, et je visitais les expos.

 

 

Travail. C’est le thème de Janvier et Février. Outre des conférences, et des installations, il y a une exposition de Harun Farocki, nommée Empathie. Empathie et travail, me demandais-je. Comment l’artiste s’y prendra-t-il ? J’ai visité, et je répondrais “Il s’y prend fort bien”.

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L’exposition est faite de montage vidéo que feu Harun Farocki exerçait beaucoup. On trouve dans cette expo feutrée des travailleurs du monde entier. Le tour de force de l’artiste, est de mettre les travailleurs en parallèle. Ces films ou images mises côte à côte, créent une universalité et une vision de classe, de masses, que notre société lisse et “UX designée” ne nous permet plus de voir. Tout est devenu si simple. La production est si loin de nous.

J’ai donc adoré les œuvres suivantes :

  • Re-verser, variation de l’Opus 1 de Tomas Schmit : un robot qui remplit une bouteille, puis saisit cette première bouteille et reverse l’eau dans une seconde, puis il verse la seconde dans une troisième, puis, une autre, puis une autre indéfiniment. Évidemment à chaque opération, le robot renverse un peu d’eau. L’eau a disparu;
  • Travailleurs quittant l’usine : une série de sorties de travail, faisant écho à un des premiers films sur la sortie de l’usine des frères Lumières. On y sent le soupir de libération des travailleurs, le changement de décor intérieur.
  • Comparaison via un tiers : ou comment la manufacture de briques se fait autours du monde, d’un côté, la machine y apparaît, monstrueuse, et de l’autre côté les corps souffrent.

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A vous de monter au cinquième étage de la Tour Panorama, et d’expérimenter…

Plaidoyer pour le flou …

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Bus Dots by Julien Tatham – http://reflectingstory.com/

Peut-être. Peut être est-ce parce que j’ai repris des forces pour partir en croisade. Peut être est-ce parce que je suis entourée de personnes bienveillantes. Peut-être est-ce parce que j’évolue dans un contexte complexe. Peut être est-ce parce que mon année fût rude, faite de hauts, de bas, et qu’il a fallu de la douceur de de la patience pour traverser tout cela. Mais voilà. Voilà.

Feminazi, black face, extrait vidéo percutants hors contexte, vindicte publique, les pour à fond, les contres tellement motivés, les tweet clash à rebondissement… Je suis fatiguée. Je suis fatiguée du passage à l’échelle, de l’ampleur que cela prend. De ces messages ou reportages si nets : bon ou mauvais. Et si ? Et si certaines choses étaient floues. Et si des paroles, des actes étaient la résultante de choses complexes. Pourquoi ne pas reconnaître des choses comme la maladresse, l’imperfection, l’aveuglement, la peur, l’inculture, les biais ? Les réseaux sociaux, les blogs, (comme les les cafés à leur époque), ont libéré la parole et il est évident que les positions exprimées ne sont pas toutes celles de spécialistes-super-pointus-qui-doivent-forcément-savoir-que. Tout cela reste imparfait et inégal.

Disclaimer, je ne dis pas qu’il faut laisser le bénéfice du doute aux habitués du mépris de l’humain et de l’humanité, aux racistes et aux sexistes qui portent leur haine en bandoulière depuis des mois [*]. Je parle ici des autres, de ceux qui tentent un truc, un commentaire, une prise de position, peut être nouvelle, qui développent des idées, s’essaient à la liberté de parole, à l’humour, et pour qui on hurle si vite au scandale.

Il faut bien discuter, échanger, n’est ce pas. Alors comment ?

Que l’on avance une idée, et que quelqu’un demande comment elle a éclot. Oui.

Que l’on puisse enrichir cette idée et lui donner une autre perspective. Oui.

Que des arguments contraires soient développés, entendus. Oui.

Mais que l’on doive dans l’urgence et impérativement classer. Hop. Dans le bac à linge sale, les gens qui aiment Johnny, les joueurs de foot, les mecs qui commentent #balancetonporc, les femmes qui commentent #balancetonporc. Et dans le tiroir des chaussettes propres, les militants écologistes, les féministes, les entrepreneurs, les pro miss france rousse, les grévistes (cherchez pas, ce sont encore des exemples pris au hasard). Non.

Redonnons de la place au flou, à l’indéterminé. Essayer de comprendre le cheminement d’une pensée, cela demande du temps, du cerveau, du cœur. Cela demande de se parler, de s’écouter. Cela demande aussi d’admettre que les failles, les faiblesses, les manques fassent partie du débat. Nos faiblesses. Et celles des autres.

Il me semble que à l’heure du machine learning  prédictif et de l’ordinateur quantique, il faudrait tourner le dos aux positions binaires (#instantGeek) et nous munir de points de vue subtils, et de conclusion nuancée. Pour le bien-être du plus grand nombre, pour diminuer l’agitation de ce monde.

#bisou

Crédit : Photo de Julien Tatham, Reflecting Story, avec son aimable autorisation. La  photo est tirée de son exposition ‘Us Stop’. Julien peint, dessine, compose, arrange avec une poésie remarquable… Un artiste à découvrir ici : http://reflectingstory.com/

[*] cher troll, ici tu pourras faire ton beurre

Mes rituels, du body scan à la plume de paon

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Après l’apprentissage de la pleine conscience, après la pratique (libre) de la méditation, je me penche maintenant sur les bienfaits de la sophrologie. Je débute à peine, donc je ne commenterai, ni ne tirerai de conclusion trop hâtive sur la sophrologie. [Hiiiiiiiiiiii, c’est trop bien !] Néanmoins, l’autre jour, alors que je me trouvais en plein exercice, les doigts posés sur la base du cou, en train de souffler doucement de l’air pour évacuer les tensions qui habitaient mon corps (parce que les tensions du corps sont une prison de l’esprit, c’est connu), je me disais, que je devais avoir l’air d’être en plein délire new-ageux, avec mes yeux fermés, et ma conviction profonde que cet instant là me faisait du bien.

Plus tard, je songeais joyeusement à nouveau à ces pratiques simples : respiration, body scan, concentration sur le son ou la peau, souffler pour évacuer les tensions, inspirer pour s’emplir d’énergie, visualisation des scènes difficiles que l’on prépare, que l’on répare. Des outils faciles à utiliser, saupoudrés dans ma journée, mais surtout : des rituels. Des rituels à moi. Des moments forgés pour penser à moi, pour prendre le temps de me pencher sur ma petite vie. Pourquoi ces rituels sont-ils devenus essentiels ? Pourquoi maintenant ? Parce que. Je suis parfois, perdue, noyée, paumée. (Pas vous ? Bravo !)

Ces rituels me ramènent à moi, dans un cocon où je suis en confiance. Ces sensations – peut être fausses – de clarté, de force, m’accompagnent ensuite pour affronter les situations difficile ou prendre plaisir à la vie, sans peur. Ces rituels solo, que sont la méditation ou la sophro, se prolongent aussi dans les rituels de groupe. Les repas de famille du dimanche (ou du jeudi soir, qu’importe) sont des moments forgés pour entrer en contact avec ma tribu. Les rencontres entre ami-e-s mojitos-book-club-atelier-noich-franck-reviens, aussi. Des moments où l’on se pointe au naturel et sans enjeu, des moments habituels, confortables (mais pas sans surprise, mes ami-e-s sont formidables)

Et puis, il y a les rituels secrets. Les rituels d’objets, de symbole, les moments de sens. Quelques exemples ? Allez, je vous dis.

Le moment spécial où je vide mes poubelles, et j’entends la voix de ma masseuse chinoise susurrer, “Virginie, le corps, c’est comme une maison, il faut descendre les poubelles, sinon ça macère, l’odeur devient intenable, on tombe malade”. Et systématiquement, en jetant mes poubelles, je m’interroge sur mes déchets de corps et d’âme. Parfois,  je trouve, et je décide de résoudre ce machin qui pourrit – ou pas.

Un autre. Dans ma voiture, il y a cette plume de paon, une vraie, qui traine dans ma voiture, et qui s’envole parfois. Cette plume est le souvenir d’un moment spécial, un moment où quelqu’un m’a dit “ce que tu fais est chouette, je veux que l’on bosse ensemble”. Elle symbolise la confiance, le désir, que j’ai inspiré. Mais c’est aussi une vraie plume de paon, symbole de l’apparat. Et si certains matins, je ne me sens pas à la hauteur, cette plume me rappelle que je peux toujours faire semblant, avec un sourire et une grande respiration.

Ces rituels, petits, grands, idiots, sont surtout les miens. Tailor made. Symptômes de ma fragilité, relais de ma force.

Et puis, il y a aussi les autres rituels. Ceux que je n’ai pas choisi. Ceux des autres. Le rituel de se réunir pour des valeurs qui me touchent peu, le rituel d’une société à laquelle je n’adhère pas toujours. Depuis que j’ai identifié la symbolique de mes propres rituels, je puis aisément refuser les autres. Ou décider de m’y plier si cela peut ajouter de la joie à la vie de ceux que je respecte ou que j’aime. Certains me croient sauvage, timide, indifférente, pimbèche. Disons que je choisis mes célébrations…

Allez. Joyeux Noël, Félix…

 

Moebius @ Toulon

Var. Toulon. Hôtel départemental des arts. Moebius. Celui-là même.

Les lecteurs de Moebius apprécieront, le cœur battant. Les autres découvriront un artiste aux talents multiples. Moebius, Giraud. Western, science fiction. Huit salles splendides. Des personnages en quête de sens. Trimballés dans des mondes. En noir et blanc ou en aquarelles vives. Les salles au parquet craquant, presque vides. Regarder les planches. Lire. Ou juste laisser son regard danser.

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Moebius a cette force de présenter le vide ou la cohue. D’alterner les temps bouillonnants et les minutes d’apaisement. Il nous aspire dans ses mondes. Et nous y colle par les détails ou la sérénité qui s’en dégage. L’exposition est magnifique.

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