[Musée] De la toute relativité du sacré des œuvres d’art

centre_pompidou_mobile_aubagneLa ville d’Aubagne accueille pour l’été certaines œuvres du Centre Pompidou. Seize œuvres qui prennent l’air. Seize artistes qui ont marqué leur temps, et ont aidé à bousculer nos repères de l’art moderne, par le biais de l’art abstrait. L’exposition ‘Centre Pompidou Mobile’ est située dans une série de trois tentes accolées, à la manière de chapiteaux de cirque, ce qui aide à installer une certaine proximité avec les peintures et les installations.

Accompagnée d’enfants, j’étais soumise à leurs nombreuses questions sur la distance nécessaire aux œuvres : peut-on toucher les peintures, peut-on s’en approcher, peut-on rajouter un petit dessin dessus, …. Cette exposition m’a forcée à certaines pirouettes afin de garder un semblant de rationalité. Voyez un peu.

Du_jaune_au_violet_MorelletLa première série d’œuvres, était composée de peintures de Victor Vasarely, Fernand Léger, Vassily Kandinsky, François Morellet (photo), et autres artistes, adeptes du support classique qu’est une toile. Ces toiles étaient sagement rangées derrière une vitre immaculée, insérée dans un mur blanc lumineux. Des toiles inatteignables donc, ce que le gardien nous confirme lorsqu’il nous rappelle, avec le sourire, qu’il ne faut toucher ni aux vitres, ni au mur. Facile. L’œuvre d’art est sacrée, on ne peut que la regarder – et de loin s’il te plaît.

roue_de_bicyclette_M_DuchampPuis vient l’œuvre de Marcel Duchamp, attirante. Cette roue de vélo fichée dans un tabouret, on aurait envie de la faire tourner, n’est ce pas ? Et ben non. Les gardiens sont formels. L’œuvre est à portée de main, mais on n’y touche pas, c’est interdit.

Dan Flavin, Untitled (to Donna) 5a 1971 © M. Jauffret
Qu’à cela ne tienne on se rattrapera sur l’œuvre de lumière de Dan Flavin. Elle dépose sur nous un peu de couleur et d’ombre, nous laissant l’impression de faire partie de l’installation. On approche sa main, son visage, qui s’éclairent sous les néons qui la constituent. Très bien. Des fois, l’œuvre peut nous toucher, mais uniquement si elle le souhaite.

Objet_à_se_voir_regarder_P_RametteL’installation suivante nous laisse imaginer que les œuvres ont une vie cachée. En effet, l’installation de Philippe Ramette ‘Object à se voir regarder’ est censée être composée d’un objet en métal doré amusant, associé à une photo de l’artiste portant ce même objet sur la tête. Mais la moitié de l’installation a disparu. Un vulgaire papier A4 blanc nous indique que la photographie est en rénovation. On l’imagine, cette photo, entre les mains de personnes soucieuses, le regard froncé. OK, exceptionnellement, il y a des gens qui peuvent toucher les œuvres, pour les soigner – mais pas nous. 

144_carrés_d'étain_C_AndréSauf que l’installation suivante de Carl André met à terre notre théorie. Il s’agit d’un sol, composé de 144 carrés d’étain que nous foulons sans nous en rendre compte depuis quinze bonnes minutes. Le visiteur est même invité à circuler dessus, à s’accroupir, à la caresser. On jette un œil vers le gardien pour quémander une dernière bénédiction. C’est oui. On peut parfois toucher des œuvres – et même danser dessus si on veut.

cabane_eclatée_n_6_BurenDernière installation, de Daniel Buren. Une cabane, dont la structure est faite de baguettes de bois, composée de panneaux soit vides, soit parés de toile tendue rayée jaune et blanche. En face de chaque ouverture, on retrouve un mur couvert de cette même toile jaune et blanche. Une cabane que Buren re-compose pour chacune des expositions, en fonction de la place disponible. Un truc montable, démontable, ouvert aux quatre vents. On peut entrer dans cette cabane, par une ouverture plus grande que les autres, à taille humaine. Une porte, quoi. Enhardie par cette liberté, les enfants passent même à travers une des petites ouvertures, proche du sol, à leur hauteur, faisant tressauter une gardienne. C’est interdit chuchote-t-elle, en souriant. Donc, on peut entrer dans certaines œuvres, mais pas n’importe comment – selon une règle stricte dont la logique nous est inconnue.

Pour conclure on peut parfois toucher, visiter, piétiner certaines œuvres. Et pas d’autres. la valeur de cette exposition réside donc dans la variété des expériences permises, et l’on repart avec la sensation d’avoir été malmené sur la notion des limites de l’art. Mais que demander de plus à une bonne exposition ?

Pour en savoir plus :

Centre Pompidou Mobile : http://www.culture-13.fr/agenda/centre-pompidou-mobile.html

2 comments

  1. Merci Emile pour ton commentaire. Permets-moi de préciser que l’installation mobile était au cœur de la ville d’Aubagne, donc relativement accessible, et l’entrée ainsi que les audio guide étaient gratuits. Une manière de diminuer (un peu) la distance entre les œuvres et le public.

  2. Merci pour ce papier. Il confirme pour ma part ce que je ressens a chaque visite d’un musee : ce dernier est un cimetiere pour oeuvres.
    J’aime beaucoup comment tu detailles les interdits et les autorisations du toucher. Je comprends qu’il ne faille pas “abimer” une oeuvre quelqu’elle soit. Mais il n’y a aucune liberte dans la contemplation d’un tableau enferme sur un mur intouchable dans une vitre intouchable.

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