[mots] Un piano dans la gare

piano

Un panini jambon cru, et une bouteille d’eau, siouplait.

Je m’appelle Karen.

Un dessert avec ça ? Pour faire la formule ?

Je travaille au snack. Meet and go. En face de Macdo. A Saint Charles. La gare de Marseille.

Douze euros soixante-dix.

J’aime bien c’est tranquille.

Bonne journée. Monsieur ? Un coca. Light. non, zéro. On a que du light. Ok.

Et surtout de l’autre côté de mon comptoir, ya mon pote. Le piano.

Cinq euros et dix centimes, s’il vous plaît, madame. J’ai les dix si vous voulez.

Le piano. Noir. Avec son invitation : “A vous de jouer”. Il s’y passe plein de choses. Déjà, sans ça, il se passe plein de choses dans ces couloirs. Le vent. Les retards. Ça traîne, ça flâne, ça court. Ça zone un peu. Pas trop : position debout oblige. Ya pas de banc. Sauf. Le banc du piano.

Une salade montagnarde. Ya les couverts ? Oui. Tant mieux ! Sept euros et quinze centimes, s’il vous plaît, monsieur. J’ai les quinze, si vous voulez.

Toujours occupé ce banc. Jamais vide. Des étudiants, des vieux, des ados. Ils posent leurs mains. Ou le bout de leurs doigts sur les touches. Ils gloussent. Ils sont sérieux.

Une orange pressée. On fait pas, madame, c’est pas la saison. Ha bon ? Jamais entendu ça. Un jus de pomme alors. Trois euros dix. J’ai les dix si vous voulez. 

L’autre jour, ya un couple qui l’a repéré. Ils ont jeté leurs sac à dos géants à terre, posé leurs hamburgers en équilibre dessus. Ils se sont assis. Côte à côte. Elle a fermé les yeux. Elle a joué un truc. Doux. Mais doux. Tout le monde a ralenti. Les gens se sont arrêtés. Attroupement.

Une canette de coca. Normal ? Ben oui ! Trois euros vingt s’il vous plaît madame. Je peux payer par carte bleue ? Oui.

Et lui. Il la regardait. Elle, elle jouait. Elle était partie. Je l’enviais un peu.

Votre code, s’il vous plaît.

Des enfants ont accouru. Du style qui vient de faire cinq heures en train, qui a besoin de se défouler.

Voilà, votre ticket. Bonne journée. Merci, vous aussi.

Les gosses ont tapé sur les aigus, à droite du piano. En ricanant. La pianiste n’a même pas bronché. Elle était partie. Elle a juste souri.

Un brownie noisette. Et une pomme. On n’a plus de brownie noisette. On a chocolat, amandes, noix-orange. Alors celui-là. Là ? Oui. Ce sera tout ?

Moi, ce piano, il me fait rêver. Il est posé là. Tout le temps. Jamais vandalisé. Pas un tag. Rien. Les gens qui le voient, on sent que ça leur fait quelques chose.

Treize euros cinquante. S’il vous plaît, madame. J’ai les cinquante, ça vous arrange ?

Comme si on leur faisait un cadeau. Auquel il n’avait jamais pensé. Un vrai cadeau.

Une salade de taboulé. Ce sera tout ? Non. Une bouteille d’eau.

Un bout d’exception dans leur voyage. Comme une caresse. On pose ses bagages. On écoute. On s’écoute.  Ce piano, il me fait rêver. Sa mélodie me fait parfois oublier ce tiroir caisse. Qui glisse. Qui tape. Un jour…

Une salade moza.

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