[mots] L’humain dans le sac

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Je me prénomme Alain, j’ai 22 ans. J’ai dézingué un homme. Tony.  Je suis soulagé d’être là. Depuis des mois ça puait, c’était la des sentes aux enfers. Laissez moi m’expliquer. Je crois que j’ai des excuses. Je peux pas grenier mes origines. J’ai atterri dans une drôle de famille, à l’époque du chômage et du sida. Je suis pas vraiment un martyr en sucette, mais disons qu’on m’a souvent dit que j’étais un enfant bor-né. C’était un peu tendu à la maison. On va pas se mentir, mon père avait pas vraiment l’humain dans le sac. Il était plutôt du style méchant de coton et un bus de sa personne. Ma mère, c’était autre chose. Gentille. Mais c’était une faiseuse d’angle. Elle enchaînait. Un page, deux gardes. Elle les mettait au régime sexe. Elle adorait se faire passer sur le corps billard. Une poupée désir. Papa rageait, des fois, même souvent. A côté de ça, mon frère et moi, les rejetons de présence, on poussait comme on pouvait. Ça manquait un peu de butin de salaire à la maison. On mangeait. Mais pour le reste. On se serrait les deux bouts. On traînait dans la rue. Le temps passait. L’or du rien. Et puis maman est morte. Une maladie. Papa était veuf mayo. Il était vénère aussi. Et ça pleure et ça reproche. Je voyais bien qu’il voulait dire prends moi dans tes bois. Mais non. Alors, avec mon frère on a volé. Pour que l’urgent coule à flot. Pour qu’on oublie papa, et ses je veux sur la langue. On braquait. Partout. On a touché à la chausse gardée de Tony. La joaillerie. Et mon frère s’est fait buter deux portes. Par ce salaud, en personne, avec un style en poulet, qui moulait des mécaniques. Il est tombé. Se faire décider comme ça. A la fleur de sol.  Sous mes yeux. Je vais pas faire une hagiograffiti pour mon frère. Ce serait trop. Mais je crois que j’avais l’œil au burn out à force de chialer. Je ne m’en remettais pas. Le moteur a des tarés.  J’avais tout le temps une poule au ventre, un eux dans la gorge. Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai buté fatale. Tony. Pan. Un ange des choux. Mon frère vengé. Ça m’a fait du bien. Vrai. Je me suis caché, dans un village, à la cambrousse. Je dépérissais loin des bistrots, mais ça allait, je faisais le péquenot. J’avais mon jardin. Puis, ya eu ce commissaire briseur. Votre chef. Le prince sans rire, là. Il aurait dû rester à la contredense, celui-là. Il m’a trouvé. J’étais en train d’arroser les tomates de mon jardin. Tout le monde peut se tremper.

Note: texte écrit à partir du lexique drôle et succulent de Etienne Candel, illustration by Oak Oak, artiste street art.Un autre amusement de ce genre est également publié ici.

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