Month: September 2013

[Mots] En attendant le prochain battement

Elle se tient assise. Jambes croisées. Son voisin la détaille, regard en biais. Elle l’ignore, elle ne le connaît pas. Ils partagent accidentellement le silence d’un banc, face à la mer. A droite, vue sur un golf bordé de pins marins. A gauche un pont de fer. Grossier, énorme.

Son cœur bat irrégulièrement. Un peu à la manière d’un tambour fatigué, parfois vaillant, parfois terrassé. Ses sourcils se froncent derrière de larges lunettes de soleil – reflets de la Méditerranée obligent. Son visage est concentré. Sur ces battements rebelles.

Sur les oreilles, un ipod d’occasion lui offre une mélodie acoustique. Vient avec, une sensation particulière d’avoir surpris les musiciens en répétition, dans une salle déserte. Guitares et voix sèches. Le violon lui arracherait presque une émotion si elle n’avait cette contrariété, ce cœur capricieux.

Son voisin a maintenant les yeux fermés. Paupière ridées. Bouche tordue vers le sol. Mains croisés sur le ventre. Son auriculaire gauche pincé de deux alliances en or.

Elle se sent seule. Sentiment rare. Et soudain effrayant. Elle écoute ses percussions intérieures : poum, poum, poum, (rien), poum, poum, (rien), poum… C’en est trop, semble lui dire son cœur. C’en est trop de cette vie. Trop complexe. Gourmande. Changeante. Percutante. Entachée de compromissions. Pleine d’absents. De vivants. De vide. C’en est trop. Son cœur ne bat plus en accord avec ce monde. Monolithe pesant et sourd. Impossible à supporter une minute de plus.

Ici. Elle ferme les yeux. Attend le prochain battement de cœur. Qui tarde à venir.

[Mots] Nous demeurâmes un instant silencieux…

Extrait de “Love Song” de Philippe Djian

 […]

Nous demeurâmes un instant silencieux, également assommés, l’un et l’autre, par l’édifiant constat de cette dérive et par cette faculté qu’ont les hommes de toujours travailler à leur propre destruction – comme se donner de mauvais chefs, empoisonner les champs ou désirer des femmes trop belles.

[…]

Note : Les dix premières pages de Love Song sont aussi disponible ici, merci Gallimard !

 

[Mots] Paysage industriel…

Martigues, Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône. N568. Asphalte bordée de poussière, de pompes à essence, de camions exposés. Une route qui pose la limite de la zone industrielle. Un ruban, orné de poteaux de béton, courts, reliés par des barbelés. Un peu plus loin, le ciel se couvre de fils électriques. Indifférentes aux rares habitations, et forêts de chênes, les structures électriques géantes tracent des lignes jusqu’à la raffinerie. Pyramides d’acier contre cuves immenses, renfermant l’or noir et ses vertueux dérivés. Pétrole, qui fait battre nos cœurs et avancer nos voitures. Pas une enseigne ne vient humaniser ces cylindres. A quoi bon. Certains sont isolés, nus ou recouverts de coulées de rouille. D’autres sont regroupés en tribu. Quelques accessoires minuscules indiquent que la vie fait parfois une ronde dans les parages. Des échelles, des lampadaires, des tuyaux, des routes. Et puis les cheminées. Parfois peintes de rouges et blanc. Vague ressemblance avec la fusée de Tintin, objectif lune. D’ici, les vapeurs s’échappent. Jet blanc. Nuage noir. Brume orange. Inquiétant. L’air se charge d’un soupçon de goudron ou d’essence selon le rond-point désertique que l’on parcourt.

A la nuit tombée, les cuves et les usines s’illuminent. Blanc pour les bâtiments bas. Rouge pour les tours et cheminées. Pas loin de là, une digue infinie, composées de rochers géants blancs, sillonne le bord du bassin. On pique nique. On pêche, aussi. En famille. On observe le soleil glisser derrière les pétroliers, bas et noirs. Ils attendent patiemment dans la rade de recevoir leur chargement.

Bassin de Fos-sur-Mer. Monstre industriel. Création des hommes. Nourrie à la sueur des trois huit. Comme une plaie dans ces terres du sud.

Arcelor_by_Pierre Bourgeois

Arcelor — D.R. Pierre Bourgeois

OWASP in Paris : Diving in Firefox OS Security !

You might have heard about it, a new mobile operating system was announced few months ago : Firefox OS, by Mozilla.This mixing of a browser product together with the ‘OS’ word is not a typo. It is a new type of operating system, web based, which will get rid of the open-but-proprietary mobile operating systems. On a web-based operating system, web apps will be the application bringing the services to the user. And Mozilla, is offering to have HTML5/CSS3 web apps running on their Firefox OS. Together with special APIs, names Web APIs that will enable some mobile-phone related features, such as access to phone call, SMS, and few other nice things.

So, yes, Firefox OS has landed in the mobile area … and its security challenges too. Imagine : a web engine, on which you execute applications, based on the web security model, which main security constraint is the single origin policy (any resource used by a web app must be from the same origin). If the ambition is really to port any kind of service on the web, including the highly sensitive ones, this imposes to have more constraints on the application and execution model. And this is what Mozilla has been integrating in their OS design and application deployment scheme. This is this nice story that Paul Theriault @creativemisuse, Mozilla Corporation, came to tell in Mozilla Paris offices this week, during a meeting organized by OWASP French Chapter. Here are the basics to remember about the Firefox OS security model :

– There will be several categories of web app : normal web apps, privileged web apps, certified web apps.

– Normal webapps are the ones with the lowest right, they can *only* use HTML5 and CSS3.

– Privileged and certified web apps are accessing the Web APIs, and will be submitted to the user permissions. The user will have to grant access when the web apps will actually access those APIs.

– Certified web apps will the ones accessing sensitives Web API, related to the mobile phone system. At the moment, certified apps are only developed by Mozilla and built in the mobile device, before going on the field. The so-preserved APIs are the ones related to TCP socket, mobile network, system XHR, alarms…

– Each web app will have dedicated cache and cookies memory.

– Web apps and browser will run in a separate thread, allowing to preserve the permissions and isolation during execution.

A video is available there, and will definitely make you better understand the main challenges that Mozilla is facing with their crazy idea to put the web on a mobile.

And, as all the activities of Mozilla are public and open to contributors, the ones interested in security aspects can stay tuned on https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Mozilla/Firefox_OS/Security

[Livre] Un été, trois livres, six hommes…

Vous l’ai-je déjà  dit ? Ma libraire est formidable. Elle me réserve le meilleur accueil dans sa librairie Au Poivre d’Âne à deux pas des anciens chantiers navals de La Ciotat. Elle me laisse également profiter de sa petite terrasse, où il m’arrive de déguster un verre de rosé, en regardant le soleil décliner  sur les voiliers du port. Sur son unique table colorée, on rêve, on lit, on refait le monde, on glousse, on écoute le vent. Ma libraire me présente des auteurs, des styles, des personnages… Et cet été, elle m’a présenté (entre autres) 6 hommes. Pas d’un seul coup. Non. Trois livres, six personnages masculins, incarnant tous la difficulté d’être un homme (avec un petit h). Six hommes dont la vie bascule, qui parlent des femmes, de l’enfer et des horreurs qu’elles leur font subir, jour après jour.

Road Tripes de Sébastien Gendron

Deux hommes s’associent à la faveur d’une bourde commise ensemble. Soudés par l’envie de fuir, ils prennent la route, et se dévoilent au fil des kilomètres. Deux personnages très différents. Vincent qui aime sa femme, sa fille, et traîne une culpabilité immense de ne pas être à la hauteur. Carell qui avoue n’avoir approché dans sa jeunesse que deux types de filles celles que l’on payait ou celles qui n’étaient pas consentantes. L’auteur nous ballade de voiture en voiture, de maladresse en conneries sérieuses, de ville en ville. Il saupoudre cette aventure, menée comme un roman policier, avec ce qu’il faut d’amour, d’amitié, de violence et de sexe – pas toujours élégant, mais hilarant. On y retrouve des moments délicats, drôles et cyniques. Un bijoux, donc.

Husbands de Rebecca Lighieri

Evidemment, tout le monde le sait, les femmes des couples hétéros sont parfaites. Adorées, adorables, admirées. Et pourtant il existe quelque part dans un livre nommé Husbands un trio de maris qui résiste. Déçus par leurs compagnes, ils racontent leur déconfiture. Trois hommes  se partageant les qualités humaines, à la fois beaux, romantiques, vieux, fougueux, froissés, généreux, impuissants, courageux, brisés, méprisants, stupéfaits, enragés, lâches, et … dangereux. Trois hommes qu’une soudaine amitié lie contre les femmes. On apprendra au passage tout du candaulisme, pratique sexuelle consistant à exposer sa femme au désir d’un autre homme, une expérience qui permettra dans ce roman d’explorer la question de la fidélité, du désir, de la domination dans le couple. Bref, les curieux de la nature humaine en auront pour leur compte, et auront le plaisir de découvrir les pensées de ces messieurs, pas toujours bienveillantes.

Vertiges de Lionel Duroy

Vertiges

Ma libraire me dépose ce livre un dimanche matin. “Je ne sais pas où il va…”. Qu’à cela ne tienne, je feuillette, lis, persiste… Et je découvre Augustin. Qui pleure pendant 300 pages sa Cécile, merveilleuse et douce, qu’il trompait avec Esther, exceptionnelle et tendre, qu’il trompait avec Nathalie, Violetta et Ingrid…. Parce que seules les femmes savent consoler de la douleur de l’amour, c’est bien connu. Rien ne nous est épargné dans cette rétrospective des transports amoureux. Quelle cruauté de voir Cécile s’apprêter pour aller rejoindre son amant, pendant que le héros, digne, garde leurs deux enfants. Quelle crève cœur, l’attitude la mère d’Augustin, haineuse et aigrie, qui n’a pas su élever ce pauvre petit garçon. Un personnage, tout en émotion, mais dont l’éternel rengaine sur ces femmes dominatrices dont il est le pauvre pantin, finit par lasser. Dommage, la maîtrise de l’écriture était impressionnante, l’insertion des dialogues fines et efficace.

Bonus : Pour me faire pardonner de cette dernière critique négative, laissez-moi vous réconcilier avec les hommes en vous recommandant deux autres beaux romans, dévorés il y a quelques mois. Les Frères Sisters de Patrick deWitt (une relation de frères un peu bourrus, dans un style drôle et fin) et Homo Erectus de Tonino Benacquista (la parole de trois hommes  qui racontent leur vie amoureuse, contrariée ou extraordinaire, par un de mes auteurs préférés). A-dé-vo-rer.

Bonne rentrée littéraire !

Homo erectus, Tonino Benacquista