La vie, à travers un pare brise éclaté

 

Méhari-03

Cette semaine, je me suis réveillée avec un doux message de ma voisine. “Virginie, je préfère te prévenir, le pare brise arrière de ta voiture est abimé.” Mmmm. Effectivement. Irrécupérable.  J’ai fini le boulot des indélicats pour éviter de semer des bris de glace dans toute la ville. Cette histoire de pare brise brisé, c’est un incident – modeste – qui vous oblige à faire un petit pas de côté dans la vie, et de faire des choix. Vivre une petite semaine sans pare brise arrière aurait largement mérité un TEDx, mais, ami lecteur, comme je reste une modeste blogueuse intermittente, je préfère écrire un billet.

Quelques précisions. Ceux qui me connaissent savent que je suis peu attachée aux aspects matériel de ce monde, que je roule dans une voiture de bonne mère de famille (c’est comme bon père de famille, mais c’est moi qui conduit), récupérée in extremis alors qu’elle partait vers une seconde vie, un peu fatiguée. Cette voiture croise rarement un aspirateur (ou alors quand je sais que je dois transporter un #gens qui s’habille bien), et son coffre est un peu une extension de ma cave (ou de mon sac à main), puisqu’il contient des planches de surf en polystyrène, une rame d’un bateau gonflable disparu, des fringues à donner, et un assortiments de skate et de rollers de peu de valeur. Mais venons-en aux faits. Qu’ai je appris grâce à cet incident de vitre brisée ?

La recherche du coupable. Le premier réflexe est souvent de trouver un responsable, quelqu’un à blâmer pour ces éclats de verre. Dequiestcedonclafaute ? Suis-je coupable ? Oui, la culpabilité, ce truc qui dit que peut-être l’ai-je mérité, que si je rangeais un peu mieux cette voiture, elle serait moins tentante… Puis non. Okay, mais si ce n’est pas moi. C’est un autre. Quel autre ? Qui ? peut être ce gars, que j’ai un peu malmené. Il connait mon nom, ma voiture, il aurait pu… [ici des cogitations improbables et compliquées]. Puis non. J’ai décidé de ne pas prêter attention à cet élan de recherche de coupable. On ne saura jamais qui a brisé cette vitre, et c’est la vie. C’est reposant comme tout de conclure ainsi. “Peu importe qui, c’est arrivé, et je n’y peux pas grand chose.”

L’anxiété du monde. Une fois que l’on a réglé entre soi et soi le problème du coupable, que l’on se dit que c’est la vie, il y a les autres. Les personnes à qui l’on raconte, ou que l’on croise sur un parking. “Oh la la, mais que vous est-il arrivé ?”. Et qui répandent, leur haine, leur peur. “Ha mais c’est comme ça de nos jours, on ne peut faire confiance à personne. Le plaisir de casser, sans raison, ces petits cons …”. Donc, j’ai finalement évité de parler de cette affaire, pour ne pas renforcer cette vision triste du monde, favoriser la haine des autres – surtout de ceux que l’on ne connaît pas, je le rappelle.

La question de l’intime, de la confiance. Avoir son pare brise arrière cassé, c’est un peu spécial. On a l’impression que n’importe qui pourrait plonger sa main dans la voiture, jeter un papier sur les sièges (oui, parce que quand même cette voiture est souvent traitée de poubelle par ses passagers), s’asseoir au volant, ou récupérer un skate d’enfant dans le coffre (le contenu de mon coffre est toujours là, je n’ai pas eu le temps de le vider, et il est plein d’éclats, je ne sais pas comment font les gens pour faire tout parfaitement, en temps et en heure). Pire, on pourrait imaginer un intrus talentueux, qui pourrait la démarrer et l’emporter. L’absence de pare brise, c’est un boomerang dans la gueule de la propriété privée. Même si je prête ma bagnole à qui veut, c’est pas pareil de me dire qu’un-e inconnu-e pourrait en profiter. C’est par ailleurs la porte ouverte à la suspicion. Et bien j’ai décidé de prendre ce risque. Me garer à Marseille ou dans ma ville. Et me dire que personne ne va rajouter à mon malheur de vitre cassée, un vol ou une dégradation. Bref,  je veux avoir confiance en l’humanité, tourner le dos à cette histoire stupide de destin qui s’acharne (aux dernières nouvelles, ça marche).

Le confort en toute situation. Qui dit pare-brise arrière absent, dit remplacement temporaire. Peu d’options existent en attendant que mon gentil et compétent garagiste le remplace. Les avis convergent rapidement sur le fameux sachet poubelle plastique, option solidité, éventuellement renforcé par un carton, scotché soigneusement sur la carrosserie. Ce fameux dispositif qui fait crchrchchkrichrkri quand on roule, m’exaspère, et me rappelle sans arrêt l’incident. Donc, non. Même si cette protection aurait pu me donner un début d’assurance (illusoire) que personne ne pourrait accéder à mon coffre (cf, le point sur l’intime et la confiance), j’y ai très rapidement renoncé, préférant rouler les cheveux aux vents, plutôt que de subir ce bruit de sachet contrarié et contrariant.

Finalement, cet incident m’apprend à lâcher prise sur le monde des objets, un peu plus, et le côté anxiogène et obscur de nos villes et de ses habitants. Je crois que je suis prête pour acquérir une décapotable. Une méhari, ce serait pas mal …

Picture : lancement de la Méhari en 68, sur  un golf de Deauville.

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