La réflexion du bousier

 

Alors que je me débattais avec une énième réflexion existentielle, comme le confinement paresseux peut nous en faire tomber du ciel, je me sentis en face d’un obstacle énorme, difficile à bouger.

Dédaignant l’élégante image de Sisyphe et de son trio infernal rocher-montagne-dégringolade, j’eus en tête l’image d’un bousier. Oui. Je sais. C’est bizarre. Mais il se trouve que bien qu’étant une urbaine féroce et convaincue, j’ai quelques souvenirs de campagne silencieuse et tranquille, de journées où on laisse traîner les yeux au sol près d’une rivière, à proximité de pré empli de vaches, de longues heures d’observation du va et vient de la vie entre les herbes.

Les bousiers, donc. Ce genre de scarabée m’a toujours fascinée. Poussant inlassablement leur boule de ce que je croyais être de la terre, ils progressaient tout terrain, avec une volonté incroyable. Surmontant talus, pente, creux. Bref, des sur-insectes nietzschiens (j’exagère un peu). Notez que ça n’est que plus tard que je compris qu’ils trimballaient de la merde, et je vous prie de garder en tête ce joli souvenir innocent d’une jolie boule de terre, le temps de ce billet. Notez aussi que j’ai appris récemment (il y a 10 minutes, exactement) que les bousiers pouvaient transporter 1141 fois leur poids. Mille cent quarante et une fois. Je comprends mieux qu’ils m’aient laissé un souvenir impressionné.

Donc. La réflexion coincée, et le bousier. Plus je pensais à cela, plus je me rendais compte qu’il y avait plusieurs configurations de réflexion bloquée.

Entre la réflexion coincée, que l’on veut pousser plus loin, mais on ne sait pas par où commencer. Genre “il doit y avoir un autre truc plus loin, mais où ?”.

La réflexion coincée, qui est bloquée, on ne sait pas par quoi. Genre, “Je sais que c’est pas fini, mais je vois rien après”.

La réflexion coincée, qui ne sait pas qu’elle est coincée. Genre “C’est bon, je suis la queen, je suis arrivée au bout, la preuve, ça n’avance plus, c’est qu’on est arrivé à destination”.

Vous le voyez ce petit bousier qui pousse sa sphère immense de terre ? (on a dit que  c’était de la terre, merci de respecter). Et bien, le petit bousier, sachez-le pousse sa boule de terre vers chez lui (merci Wikipédia), et aucun obstacle ne l’arrête. Il est mû par le désir de rentrer chez lui, avec son trésor, pour consolider sa maison, se nourrir, impressionner les femelles. Le bousier n’arrête de pousser ce truc immense, de 1141 fois son poids, que lorsqu’il est arrivé chez lui, quand il sait qu’il est à la maison.

J’ai trouvé cette idée bien puissante, concluant une bonne fois pour toute, pour moi-même, que toute réflexion est bonne à mener, sans relâche, jusqu’à ce que l’on ait vraiment le sentiment d’être arrivé chez soi avec. Quels que soient les obstacles.

Voilà, voilà, vous pouvez retourner dans vos prés à vache, ou alors écouter la chaîne de “Change ma vie”, avec cet épisode sur “Adopter de nouvelles pensées”, qui permet de faire avancer ses réflexions.

 

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