art [fr]

[mots] Désert

tracks-black-rock-desert-nevada-1989 by richard misrachJ’habite un désert. J’écoute le silence, je capture le vent. J’ai laissé la vie. Je me fends si je veux, je me rassemble si je peux.

J’habite un désert. Je n’y attends rien, je ne souhaite plus. Je préfère ne pas. Je n’envie personne, ni sur cette dune, ni sur ce mirage. Je disperse peu, je ne dépense rien.

J’habite un désert, il s’y passe rien. Un frisson léger, une herbe allongée. Je jette des cailloux sur les caravanes. Je me douche de sable, j’efface mes envies.

J’habite un désert. Et blanc, et froid, et loin. Je joue sous le sable. Le temps qu’il faudra.

Note : picture by Robert Misrach Tracks, Black Rock Desert, Nevada (1989)

[un été, des livres] Les couplets de Claire Castillon

claire castillon les couplets

La voix de Claire Castillon est haute et belle. Dans son recueil de textes courts, elle fait parler ses personnages. Le principe ? Un personnage raconte sa vie en quelques pages. Sa vie de couple. Et on découvre des voix, des vies extraordinaires. Des ambiances de joyeux bordel, des ambiances de tensions extrêmes, des ambiances drôles. Toutes ont en commun d’être vraies. On se faufile entre les univers les plus glauques, on s’amuse des ressemblances avec nos vies, on se garde quelques questions pour interroger son propre quotidien. Ces couplets là explorent toutes les gammes possibles de rapport entre un homme et une femme, jeunes, vieux, parents. Haine, amour, indifférence, manipulation, adoration, preuve est faite que nous, les humains, nous aimons nous attacher à tout prix. Une autre extraordinaire qualité de Claire Castillon est le ton sans cesse renouvelé de ses personnages. 36 nouvelles, 36 personnages uniques qui s’expriment, avec une ambiance, un angle, un lexique différents.

On trouve dans ses nouvelles, un plaisir de décortiquer des relations qui ne sont pas nôtres, un plaisir d’apprendre la complexité des vies. Pour se donner encore plus envie de lire cet ouvrage, on pourra écouter Claire Castillon présenter son livre, sorti en 2013 sur France Inter : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=649850

[un été, des livres] Le Sculpteur de Scott McCloud

le sculpteur introS’il ne vous restait rien au monde, ni famille, ni argent, ni avenir. Si la seule chose qui vous tenait à cœur était votre talent d’artiste, et le désir de vous faire un nom. Et s’il ne vous restait que 200 jours à vivre. A quoi ressembleraient vos journées ? Scott McCloud crée ici un magnifique récit graphique sur la vie de David Smith, sculpteur fantasque. Un conte moderne de Faust : David Smith a troqué son âme contre le don qui lui permettrait d’exercer son art pleinement. Il a 200 jours pour profiter de son don de sculpter à mains nues toute matière. McCloud accompagne son héros, jour après jour, il nous fait don par touches légères du passé de David, de ses pensées. On partage dans ce récit en noir, gris, bleu et aquarelle, la tension perpétuelle entre la nécessaire lenteur pour penser son œuvre et l’urgence des jours comptés. Le dilemme de pouvoir tout exprimer par son art et la pudeur de l’artiste. Évidemment, David vit aussi, un premier et dernier amour fort et complexe, souvent contrarié. Ce conte poétique et sensible nous rappelle que chaque minute est un océan, à nous de décider qu’en faire.

le sculpteur sculptant

sculpteur-tout va bien se passer

Un très bel ouvrage, à lire de toute urgence.

Grande Galerie des Sculptures

Promenade au Musée d’Orsay…

Hordes de statues. Allée de pierres taillées, de bronzes caressés. Statues et effigies. Qui pensent, dansent, prient, saignent, meurent. En silence. Impassibles devant les regards francs et curieux, les yeux grands ouverts ou les pupilles rondes d’incompréhension. Que fait ce faucheur ? Pourquoi cet homme pleure-t-il ? Pourquoi cette femme baisse-t-elle la tête ? Des questions. Des réponses. Parfois.

Mais ici, sur les socles, c’est digne, ça reste sur son cheval, ça joue l’indifférence, ça gonfle les pectoraux, ça crie sans un bruit, ça dort – oui, toi, la madone allongée nue, tête renversée, magnifique, je te vois, tu roupilles. Sculptures. Admirées une seconde ou vingt minutes, le temps d’une pose photographique, d’une réflexion ou d’un croquis, vous restez stoïques, imperturbables.

Sous vos esquisses de sourire, ou vos airs si sérieux, la foule est là. Elle débat, se fige – par mimétisme, téléphone, se selfise, s’embrasse, se fait des croche pattes, textote, lit en machouillant ses cheveux, glisse sa main sous une jupe – Paris la ville des amoureux, oui. La foule est là, vivante, libérée, comme dans la rue, comme dans son salon. Statues, réjouissez vous, l’art et la vie, enfin réunis.

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[mots] Sucre Dandy

dandy sucre 2Je suis un dandy crush. Ouaip. J’écoute enfin la voix qui me poussait à vivre d’amour et d’eau douce. Je rentre par affection dans le cœur d’une belle. Souvent jeune. Une compagne de publicité. Alors plutôt que d’effrayer la chronique et de risquer une volée de pois verts (le confit des générations, toussa), je mets de l’eau dans mon bain. Je me fais petit. Nous prenons du bon temps. Nous faisons des pulls de savon, je lui passe du vernis de conduire, et elle rend son pied. Moi aussi, croyez-moi. Ça dure ce que ça dure. Tant que personne ne vend la messe. Je profite de ma vie d’amant songe. Je savoure cette avale hanche de bonheur et de pensement. Jusqu’à ce que nous rencontrions embûche ou dos d’âme. Pardon si ma mangue fourche, mais je suis si pressé de retrouver ma petite âme. Je file…
Note :
Ce texte est composé de mots volés dans le lexique que créée patiemment Etienne Candel, sur son compte Twitter, jour après jour. Le lecteur curieux trouvera ci-dessous quelques mots d’Etienne qui expliquent notre collaboration éphémère, autour de ce Dandy. 
Etienne Candel :
Virginie Galindo m’a proposé de cosigner le texte qu’elle a écrit à partir de certains des mots que j’ai envoyés sur Twitter. Ce n’est évidemment pas « mon » texte…. mais il y a là une réalisation de quelque chose que j’espérais : une réappropriation active de ces expressions, de ces bouts d’un langage avec lequel je joue, ou plutôt qui me fait jouer, et que j’espérais voir faire jouer aussi d’autres que moi.
Virginie recompose un récit possible, un cheminement probable dans ce langage. A la fin, ce serait comme un lexique actif, comme une langue dont la syntaxe articulerait, avec des règles et une logique sémantique, les lexies que je note « quand elles viennent ». Ce texte a pris le parti d’un ordre et d’un sens possibles dans ces fragments.
Un ordre, un sens : je ne peux que voir dans ce texte en forme de monologue une sorte de portrait possible, non pas de moi, mais d’un individu qui, ne vivant plus dans notre langue commune, dans notre sens commun actuel, vivrait dans ceux, parallèles et rieurs, de cette autre langue. Et je me plais à contempler ce bonhomme, parce qu’il change du quotidien. De ce texte, j’ai suggéré, pour l’occasion, et parce que le jeu de mots me venait, le titre.

Pressionnisme à la Pinacothèque de Paris

Mois d’août, Paris déserté, place Madeleine, la Pinacothèque, le Pressionnisme. Le rêve.

Le Pressionnisme, ouatisite ? L’art de presser la bombe à peinture. Plus précisément, l’école qui réunit les artistes connus ou inconnus du tag, du graffiti, du street art. Car il s’agit bien d’une école, avec des artistes phares, ses copistes, ses modes, sa recherche, son évolution, sa transmisison et ses méthodes d’étude, comme le rappelle Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque. On apprend donc au cours de cette remarquable exposition que tout a commencé avec la vente libre des bombes à peinture dans les supermarchés américains. Et la petite mode des écoliers américains de taguer à leur passage leur nom suivi du numéro de leur rue. D’abord un peu primaire, cette forme d’écriture s’est enrichie avec du travail sur l’épaisseur du trait, de la calligraphie, l’introduction de la couleur (non miscible, au départ). Les artistes des rues sont devenus des ‘Writers’. Après la répétition des noms, sont venues des représentations plus personnelles, la création de personnages – pour nourrir une légende, incarner les auteurs. Puis enfin, l’abstrait s’est invité. On se retrouve alors avec une population de véritables artistes en quête d’esthétique, de sens, de nouvelles pratiques.

Mais comment ces artistes de rue ont fini par peindre sur toile (ou planche en bois, ou tapis, bref, sur des supports moins urbains) ? Initialement un art de rue, le Pressionnisme envahissait les rues, puis les hangars, les friches, les trains, mais la pratique du graffiti a été combattue par la police et les pouvoirs publics. L’intrusion d’artiste de rue comme Jean Michel Basquiat dans le gotha de New York a rendu populaire cette forme esthétique. Certains galeristes ont accueilli ces artistes, dont certains étaient réunis au sein de la United Grafiti Art créée en 1972. Des ponts entre l’Amérique et l’Europe ont permis également de renforcer cette communauté, un peu mise à l’écart, puisque souvent non issu de la classe bourgeoise et intellectuelle.

Cette exposition vaut le détour et vous avez jusqu’au 20 septembre pour en apprécier les œuvres. Je vous fais partager ici mes préférées…

MOOD2 - mean disposition

MOOD2 – mean disposition

FUTURA - sans titre - carte postale - detail

FUTURA – sans titre – carte postale – detail

Jay Over Ramier - l'adieu

Jay Over Ramier – l’adieu

Un été, des livres : Danser Les Ombres de Laurent Gaudé

Danser-les-ombres_Laurent Gaudé

Il est temps pour moi de partager une écriture généreuse et vivante, celle de Laurent Gaudé. Dans “Danser Les Ombres”, Laurent Gaudé nous présente une petite dizaine de personnages aux personnalités distinctes et complexes, à Haïti. Une jeune fille qui aime trop les hommes, un taxi tortionnaire, des militants de la liberté, tous ancrés dans le sol, tous portés par le désir de vivre, de se venger, de servir… Ces personnages se croisent et les scènes sont si fortes et justes qu’on pourrait être là, à côté d’eux, dans cet ancien bordel délabré ou sur la terrasse de cette villa Kénol, grande et bourgeoise. L’optimisme et la sensibilité humaine de Laurent Gaudé servent merveilleusement le fil rouge de ce roman. On trouve dans ce récit un avant et un après. Le point de rupture étant le séisme qui a détruit Port Au Prince. Dans l’après, les personnages évoluent dans un monde, non pas de désolation, mais de survie et d’espoir. C’est aussi un monde de flottement et d’incertitude entre les vivants et les morts, les disparus, les blessés en passe de mourir, les spectres. Laurent Gaudé questionne ici le passage vers la mort, l’acceptation des vivants et la nécessite du deuil. L’écrivain aborde ce sujet difficile avec poésie, fantaisie et une générosité sans faille. On se laisse donc porter malgré les douleurs fantômes que ce sujet évoque.
Je ne peux résister au plaisir de citer un passage particulièrement touchant, qui constitue le cœur de cette réflexion, à mon sens. Dans cette scène, une petite bonne femme, Dame Petite, habituellement silencieuse, prend la parole devant une foule de vivants emplis d’angoisses, quelques jours après la catastrophe.

Alors [Dame Petite] se tourne vers la rue, lève les deux mains bien haut et lance d’une voix de dresseur de fauve : “Suffit les morts !” Tout le monde s’est levé dans le jardin et regarde faire la vieille dame. Au bout de quelques secondes, elle se retourne vers les habitants de la maison Kénol, les embrasse tous du regard et dit :

Je le dis : il est temps de fermer le monde. Suffit les morts. Vous voulez les garder près de vous parce que vous avez peur du deuil. Mais les morts ne peuvent rester ici simplement pour éviter aux vivants de pleurer. Ils vont attendre. Errer. Devenir fous. Je le dis, moi qui ne parle jamais, il n’y a pas de vie sans désir et les morts n’en ont plus. Ni projet, ni impatience. Ils seront là comme des arbres morts, contemplant la vie qu’ils n’ont pas. Suffit les morts ! Que ceux qui veulent les retrouver cessent de vivre. Pour les autres, il est temps de les raccompagner. Que Prophète Coicou prenne la tête de la marche avec moi. Nous allons danser les ombres. Et le monde se refermera.

Les mots de Laurent Gaudé donnent une envie irrésistible de savourer la vie, dans ses moments les plus doux ou les plus tumultueux. Un livre à savourer à l’ombre, au calme.

[photo] Les Rencontres de la Photographie d’Arles : from duck to Vegas

Les Rencontres de la Photographie d’Arles, ce sont 50 expositions réparties dans la ville pendant l’été, du 6 Juillet au 20 Septembre. Ce sont 50 façons de mettre en lumière un talent particulier, avec des styles aussi variées qu’il y a de photographes. Ma sélection sur le site si particulier des Ateliers :

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Duck, Une Théorie de l’Évolution. Ici du drôle, du fin. Olivier Cablat balaye les possibles mises en scène d’animaux ou objets géants. Il imagine leur évolution possible, à partir de constructions réelles ou de morphisme. Il crée des ponts entre les canards, les requins, repense la téléportation de l’œuvre principale (un canard géant). De la buvette au château d’eau, on y croise beaucoup de constructions vraies et drôles. le projet est aussi commenté par .

Affaires Privées. Vous rêvez de connaître l’histoire des objets insolites vendus sur le Bon Coin ? Thierry Bouet vous raconte, image à l’appui. Du yacht au bottes d’équitation sur mesure en passant par le cercueil. On saura tout. Un délice d’humanité. Une interview ici pour en savoir plus, sinon son book est par .

Le Tourisme de la Désolation. Florilège de ce que les tour operators proposent sur les lieux de désastre, catastrophe, guerre, extermination. Liban, Oradour sur Glane, Tchernobyl, les camps, JFK, le Sichuan en Chine… Multiple selfie, photos souvenirs, snack bar à la sortie, on s’assoit dans les cellules de prison, on mêle ses graffitis à ceux des prisonniers. I was here. Ambroise Tézenas nous demande : “Vous qui regardez ces photos en vacances, de ces gens qui regardent ces lieux de désolation, que ressentez-vous ?”. pour en savoir plus sur le photographe, c’est ici.

Las Vegas Studio. Une série de prises de vue de Las Vegas et de son ambiance Casino. ici tout n’est que lumière, ampoules, éclairage savant nocturne, voitures, asphalte. On y retrouve le bruit du projecteur qui change une diapo, un film sur les vagues de lumière des casinos, globe lumineux, vague, clignotant, marée de rouge, jaune et grésillement de lampes.

– Nul Jour de Pauline Fargue. Une artiste qui ouvre ses carnets, couverts de mots, de photographies diverses, créant d’improbable rencontre. Intime. Sensible. On témoigne de ces instants suspendus, passés avec des hommes, des femmes, des enfants, des reflexions, sont on ne connait ni le passé, ni le futur. Pour les amateurs de carnet intime et de shoot – dont je suis.

– A Guide to the Flora and Fauna of the World de Robert Zhao Renhui. Le bestiaire des fleurs et animaux, réels, transformés par l’action des hommes. Animaux résultant d’expérimentation, victime de pollution, on y croise des poissons arc en ciel, des abeilles à l’estomac rouge, des faucons devenus nocturne, …

Bonne visite !

Note : deux posts sur les Rencontres de la Photographie des années précédentes Deux photographes en noir et blanc(2013) et Magnifique Koudelka (2012).

Un été, des livres : Jacob, Jacob de Valérie Zanetti

jacobLes goûts, les couleurs, les livres. Jacob, Jacob de Valérie Zanetti. J’ai découvert ce livre il y a quelques mois déjà, mais un de ses passages m’a profondément touchée. Je profite de l’été pour le partager ici. Oui, c’est un spoiler. mais c’est un grand moment de littérature.

Dans ce passage, Rachel, juive de Constantine, pense à son fils mort en 1940 pour la France. Lors du départ de Jacob pour la France, elle n’a pu l’embrasser, et à l’annonce de sa mort, on ne lui a pas annoncé les circonstances de son décès. Par ailleurs, elle ne sait pas où est son corps. Elle repense…

… et Rachel […] se balançait doucement en se maudissant d’avoir donné le prénom d’un enfant mort à Jacob, ça avait été une erreur de défier ainsi le choix de Dieu, et elle pensait, s’il avait été fragile comme Abraham, ils n’auraient pas voulu de lui à l’armée et il serait encore là, s’il n’avait pas été vigoureux, il serait resté dans un bureau à remplir des papiers, et il serait encore là, si le fou allemand n’avait pas décidé de faire la guerre en Europe, il serait encore là, s’il avait été peureux et avait déserté, il serait encore là, s’il avait été moins beau et n’avait pas attiré le mauvais œil de tous ceux qui le croisaient, il serait encore là, et si j’avais pu l’embrasser une dernière fois, cela m’aurait suffi, et si je n’avais pas pu l’embrasser mais si j’avais pu le voir de loin, cela m’aurait suffi, et si je n’avais pas pu l’embrasser ni le voir de loin mais que j’avais simplement entendu sa voix, cela m’aurait suffi, et si je ne l’avais pas pu l’embrasser ni le voir de loin ni entendre sa voix mais que je l’avais simplement vu mort, cela m’aurait suffi, et si je ne l’avais pas vu mort mais qu’on m’avait apporté ses derniers vêtements imprégnés  de son odeur et son sang,cela m’aurait suffi, et si quelqu’un était venu me raconter sa mort et me dire ses derniers mots, cela m’aurait suffi, mais il n’y avait rien eu à part l’annonce, et maintenant, son coussin était vide, comme le cœur de Rachel qui ne se sentait plus la force d’aimer personne, d’aimer la vie, à quoi ça servait d’aimer s’il fallait connaître l’arrachement, à quoi ça servirait de vieillir si ça signifiait s’éloigner de Jacob, qui aurait éternellement dix-neuf ans et demi, jamais vingt, pourquoi on ne lui avait pas donné le choix, à elle, sa mère qui l’avait porté, de lui donner vingt ans de sa vie, de renoncer aux vingt-cinq années qui lui restaient à dormir, à se préoccuper des repas, du ménage, de la lessive, à entendre les ragots des voisines, il parait que la femme de Maurice lave ses draps une fois par mois, il paraît que la fille Fortune n’était pas vierge le soir de ses noces, il paraît que le fils d’Albert n’est pas son fils, mais celui de son frère, il paraît que les parents de Lucien ont payé le directeur du lycée pour qu’il ait son baccalauréat, il parait que la femme de l’épicier a porté du rouge alors que son mari était à peine enterré, il paraît que Leila brûle ses plats une fois sur deux quand elle cuisine, était-il possible que Dieu l’ait laissé sur terre pour entendre ces choses-là ?

Le sport littéraire est intime, l’imaginaire et l’histoire du lecteur y sont pour beaucoup, mais ce passage me frappe par ce qu’il donne à voir de la torture que l’on peut s’infliger, de vaine tentative d’échapper à la réalité, de ces moments de solitude, pitoyables et touchants.

Un mot sur le livre, Jacob, Jacob de Valérie Zenatti. Cet ouvrage est un cadeau pour les lecteurs sensibles au style délicat des écrivains. Valérie Zenatti laisse une impression de douceur, de délicatesse et travaille par petite touche son histoire, ses personnages, avec une finesse impressionnante. Jacob, Jacob,  parle de Jacob, juif de Constantine, enrôlé en Juin 1944, parti libérer la France. On découvre sa famille, dure, on le suit dans son périple guerrier où il découvre la vie, l’amour, la violence, la fraternité. En peu de pages, Valérie Zenatti convainc.

[Musée] Explorer le passé des Futurs à la Vieille Charité de Marseille

Replonger dans le siècle précédent, et exposer ce que les artistes majeurs de l’époque imaginaient comme monde pour nous. C’est la proposition de l’exposition Futurs, à la Vieille Charité à Marseille. Explorer le passé des futurs. les thèmes abordés ici sont ceux de la ville, la conquêtes des mondes et de l’espace. Les sujets qui tenaient à coeur les artistes du XXème siècle, marqué (entre autres) par un élan technologique, une course du “progrès” et une réorganisation des territoires. Dans cette exposition, le message et la vision des artistes priment sur l’esthétique. Mais on croisera néanmoins quelques très belles œuvres, amusantes ou surprenantes. Extraits.

A propos de l’urbanisme

Henri Sauvage Immeuble a gradins - 1928

Henri Sauvage – Immeuble à gradins – 1928

Georgia Okeelf city night 1970

Georgia Okeelf – City Night – 1970

oppenheim dennis - Roots in cubism hearts in the stars - 1984

Oppenheim Dennis – Roots in cubism hearts in the stars – 1984

Philippe Cognée - Tajic 3 - 2012

Philippe Cognée – Tajic 3 – 2012

A propos de la conquête des mondes

la guerre des mondes_2

Wolf Vostell B52

Wolf Vostell – B52 – 1968

Mimmo Rotella Batman

Mimmo Rotella – Batman – 2004

erro surfer silver

Erro Erro – Surfer Silver – 1999

A propos de la conquête des étoiles

joan miro la danse des personnages oiseaux sur ciel bleu étincelles

Joan Miro – La danse des personnages oiseaux sur ciel bleu étincelles – 1982

matisse icare poésie du monde

Matisse – Icare poésie du monde – 1946

L’exposition est en place jusqu’au 27 septembre, vous avez donc tout l’été pour profiter de ces oeuvres et du calme du quartier du Panier.

Pour en savoir plus sur le lieu de la Vieille Charité : http://vieille-charite-marseille.com/index/expositions