Month: July 2018

Culture numérique, les signaux faible de notre futur.

Il y a quelques semaines, TheCamp recevait Nicolas Nova. Un anthropologue dont le sujet de prédilection est la technologie. Dans un amphi réunissant startuper et fan du bonhomme, Nicolas nous a donné un aperçu de ce que pourrait être notre futur numérique. Son credo ? Les signaux faibles, tirés d’usages innovants d’artistes numériques pourraient être un indicateur de ce que le monde pourrait être demain.

 

nicolas nova at the camp

Culture numérique. Nicolas Nova étudie les technologies, et son dada du moment est l’étude de la culture numérique. Culture, au sens création artistique. Numérique, au sens logiciel, algorithme, code, outils. Voici quelques exemples de créations d’œuvres culturelles triées sur le volet que Nicolas partage en introduction de sa présentation.

La création originale. Mais que se passe-t-il lorsque les machines génèrent des œuvres d’un style nouveau, par association, recombinaison, mélange. On peut se laisser aller à cette réflexion en observant le résultat des artistes suivants :

  • Greg Borenstein a codé un logiciel qui créée une bande dessinée en associant des passages de romans policiers, avec des photos trouvées sur Flickr, qu’il assemble après un travail graphique noir et blanc. Le résultat ressemble à une bande dessinée, qui a du sens, une esthétique et une cohérence pour nous, humains. http://gregborenstein.com/comics/generated_detective/1/
  • Darius Kazemi aime mélanger les contenus et joue avec des bots, notamment sur Twitter. par exempele, il crée des headlines de journaux fantaisistes, qui parfois ressemblent comme deux gouttes d’eau à nos actualités (ou pas). Mais moi, j’aime bien celui-là. Évidemment, toutes ces œuvres sont disponibles sur github en open source.
  • Bernard Bauch fait partie des ghost writers, un artiste qui ordonne aux machines de générer du contenu automatiquement à partir de commentaires aspirés sur YouTube. Le livre est packagé et publié sur Amazon, qui a du mal à distinguer un vrai livre d’un faux. https://www.amazon.in/This-fuck-Matooli-Rkotm-ebook/dp/B008UCCWGK
  • La tête tourne un peu lorsque Nicolas explique qu’un artiste génère avec des robots de la musique, destinée à être écoutée par des robots, postée sur Spotify, créant un trafic réel entre robots, et alimentant la machine à monétiser de ce genre de plateforme.

Mixer, métisser, c’est prêt. Nicolas Nova nous rappelle néanmoins que cette façon de mixer, mélanger, reprendre et tordre n’est pas nouvelle. C’est peut être nouveau dans les cultures numériques, au sens artistiques, mais ceci est un procédé que les adeptes du métissage, mélange, et inspirations multiples utilisent depuis longtemps (par exemple, le Reggae). Il souligne également que ce niveau de manipulation de données, de mixage, n’est possible que parce que nos outils numériques, les formats des données sont standards, ont atteint une certaine maturité. Par ailleurs, ce jeu artistique sur l’automatisation (de la génération de contenu, à la publication, en passant par la monétisation) est extrêmement précieux puisqu’il met à nu les limites de la mécanique de nos outils et plateformes numériques, nous explique Nicolas Nova.

So what ! Que se passe-t-il quand ces procédés de génération d’œuvre ou de contenu atterrissent dans la vraie vie, pour servir des entreprises ? On tombe sur des articles de journaux générés automatiquement dans Forbes grâce à Narrative Science. On tombe cette notion de centaure , association pour le meilleur de l’homme et de la machine,  répandue dans le milieu des échecs.

Qu’en conclue notre anthropologue ? Premièrement. Les hommes ont effectivement intégré la technologie, ils ont une relation avec les machines, mais le niveau de maîtrise et de compréhension est plus élevé que ce qu’on le croit. Néanmoins, il reste des études à conduire pour comprendre notre relation aux outils numériques, automatisés, ou non. Deuxièmement. Il existe des pistes où l’homme et la machine, peuvent faire des choses positives, collaborer pour créer quelque chose de nouveau. Troisièmement. Ignorer la puissance des machines, n’aidera pas à empêcher la possibilité qu’elles remplacent l’homme dans des domaines.

 

Note : je recommande cette présentation faisant le point sur la collaboration homme machine, en type Centaure, par Amy Kruse « Human 2.0: How to Build a Centaur & Why It’s Going to Change the World” https://www.youtube.com/watch?v=O4AvEgoS2cs

** Picture by Ecochard Claude

 

Artistes et Robots, et vice versa…

Une exposition Artistes & Robots ? Au Grand Palais.

Impossible de louper cette occasion mêlant deux de mes passions, technologie et art. Le Grand Palais nous régale d’une série d’installations des années 70 à nos jours, sur la créativité des artistes sur le thème ou le media de la mécanique, la programmation, des logiciels apprenant, et du mélange des genres. Chaque installation est à vivre, puisqu’il s’agit bien, pour nous humains, de nous placer devant des expériences inédites, et d’explorer ce qu’elles provoquent ou révèlent de nous. Quelques expériences étonnantes.

 

 

 “Human Study #2 de Patrick Tresset

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Trois robots studieux qui regardent et dessinent. Appliquer une mise en scène scolaire avec un pupitre, une gestuelle humaine (regarder, dessiner, regarder, dessiner) à une  machine composée d’une caméra connectée à un bras mécanique. L’expérience nous donne l’impression d’observer de vrais écoliers. C’est troublant.

 

 

Reflexão #2 de Raquel Kogan

Une chambre noire, la chambre de la matrice, avec des miroirs, réflexions infinies, des chiffres défilent. On y entre, en silence, les chiffres défilent toujours, sur nous, malgré nous. On peut y jouer des heures, à regarder ces colonnes, nous parcourir, imperturbables, ou presque, puisque notre présence y incruste des zones d’ombre.

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Pissenlits de Michel Bret et Edmond Couchot.

Des pissenlits géants, flottent sur un écran. Ils réveillent notre envie de souffler. Heureusement Bret et Couchot ont pensé à tout. Un pupitre, un micro, une indication “soufflez”. Là, l’intensité du souffle du spectateur est capturée, et reproduite en temps réel sur ces pissenlits, qui se dénudent pour notre plus grand plaisir. Nul ne résiste. L’humain reprend le pouvoir sur l’image et sourit. En boucle.

 

 

 

 

 

Fleurs de  @ChevalierMiguel

Ici, Miguel Chevalier propose de mettre en scène des fleurs géantes exotiques et inventées, et nous offre de les voir grandir, saluer, et disparaître. Cycle naturel virtuel. L’immensité d’une nature colorée, sous nos yeux, à portée de main. Hypnotique.

 

 

 

 

 

ORLANOIDE de Orlan

Le summum de la réflexion, et du clash humain-robot. La plasticienne française Orlan installe un robot à son image (du moins à son visage), doté de logiciel apprenant, et d’interface de communication avec le monde, de bras mobiles, bref, un robot humanoide. Orlan nous propose un dialogue entre elle, présente en vidéo enregistrée, et son double, présente au Grand Palais. Nous assistons à leur échange, les deux voix, l’une après l’autre, Orlan apprend à sa version robot à déclamer de la poésie, à intégrer le fait qu’elle n’aura jamais d’émotion puisque elle est un robot. Et, heureux hasard, au beau milieu de ce dialogue étonnant, débarque Orlan, la vraie, en chair et en os, microphone en main, qui explique son procédé, sa démarche artistique. Nous voici temporairement avec trois versions d’Orlan, plus ou moins incomplètes.  Et une espèce de mise en abime qui donne le vertige. Une vision de nos futures vies parallèles et complexes, mêlant  représentations réelles et logicielles ?

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L’exposition est finie. Oui, en faire la promotion alors que vous ne pourrez pas allez voir ces merveilles, c’est moche. Mais l’intégralité de l’exposition est très bien expliquée ici [PDF], vous pouvez butiner dans la liste des artistes présentés ici, et je vous encourage à faire un tour sur ce qu’en ont dit les visiteurs, sur #ArtistesEtRobots. 

 

 

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Wanted. La délicatesse des machines.

retro toy team

Les logiciels apprennent et prédisent. Ils apprennent. De la donnée des foules, de nos cycles standards et répétitifs, de nos tendances à faire comme d’habitude, de nos petites ou grandes vies rangées, en moyenne. Ils apprennent doucement, en silence, ils repèrent nos habitudes. Puis ils prédisent. Ils nous aident. Ils nous suggèrent de…

Évidemment, la question de la reproduction à l’infini des schémas et des cadres se pose, tout comme celle  du droit à l’écart. Comment allons-nous prendre des chemins de traverse, si les machines nous gardent – malgré elle, au nom de notre passé – dans le droit chemin, et nous entraînent vers un futur parfait, prédit et tailor-made ? Le métier qui nous ira, par le chemin que nous aimerons, ou qui conviendra le mieux à nos capacités. Peut-être, les machine apprendront-elles à lâcher du lest, à nous livrer de petites folies de temps en temps, pour soulager la norme, pour satisfaire nos envies d’autre et d’ailleurs. Peut-être.

Mais quid de la vélocité des logiciels qui nous accompagnent chaque jour pour comprendre nos brisures de vie. Celles du déclic. Celles du destin. Quid de la capacité des machines à comprendre que ces fleurs que nous achetions n’ont plus lieu d’être nos préférées, et qu’elles nous feraient presque mal aujourd’hui puisque la personne qui nous les offrait a disparu. Comment les machines apprendront-elles à ne plus nous suggérer d’écrire à un tel ou une telle puisque nos routes se sont séparées ? Quid de l’adaptation des machines à nos propres éclairs de lucidité, imprévisibles. De ceux qui nous font dire : je ne peux plus, je ne veux plus, je suis prisonnier, je change. Comment les machines comprendront-elles nos étapes de vie, si personnelles, si intimes, ces marches franchies, on ne sait pas bien comment – parfois bien malgré nous et dans le chaos.

Rassurons-nous. En moyenne, tout se passera bien. Une brisure ? Le temps fera son œuvre aussi sur les logiciels, qui repèreront nos changements d’habitude, referont le travail d’apprentissage, dans notre sillage. A l’échelle d’une vie, mes logiciels et moi-même évoluerons en duo, jumeaux, accordés. Mais, loin des moyennes, dans ma vie de tous les jours, dans mon présent, comment les machines apprendront-elles la délicatesse des amies et des proches ? Cette délicatesse qui permet d’éviter les sujets qui assombrissent, de ménager les esprits et les cœurs, de faire une ellipse, de comprendre que pas maintenant mais sans doute plus tard, de garder le silence. Cette délicatesse qui nous rend si précieux.

Je n’ai rien trouvé sur la question. Je scrute les internets et je vous tient au courant.

PS : quelques articles sur l’intersection homme, machine et émotion, en attendant

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