Cette année les Rencontres de la Photographie d’Arles se déroulaient sur le thème ‘Arles in Black’. Évidemment, le noir et blanc est une technique qui impose un cadre particulier. Elle facilite la mise en relief, le contraste, crée une nostalgie, mais force la mise en scène. Voici deux photographes qui retiennent mon attention, parce que leur proposition présente deux qualités essentielles à mes yeux : le sens et l’esthétique. (more…)
art [fr]
[Mots] Lectures Intimes
Allongée sur le banc blanchi d’une station de ski désertée. Le livre balance au bout de mes mains, au dessus de mon visage. Pages crème. Mots alignés, patients, précis. Le grain Gallimard. Mes yeux s’égarent parfois dans le feuillage d’un érable rougeoyant qui m’abrite du ciel. Les lignes sont douces. (more…)
[Open Livre] Découvrir le Paris Littéraire, grâce à Open Street Map et FeedBooks
Cliquer pour explorer Paris et ses chefs d’œuvre littéraire, à télécharger librement via Feedbooks.
[Mots] Sur les murs
Paris. Duroc, Invalides, Grands Boulevards, Bourse. Ticket blanc en main, indémodable, avec sa piste marron. Je ne regarde pas mes pieds en descendant les cascades de marches du métropolitain. Je m’en voudrais. Louper ça. (more…)
[Mots] L’homme silencieux
Aube blanche. Lit douillet. Son fils saute sur le lit, le réveille, réclame un câlin. Il garde silence.
10h04. Cafétéria.La tasse s’échappe de ses mains, se brise, et s’éparpille. Il ne dit rien.
15h21. Lumière néon sur moquette. « On arrête tout, ce projet est nul. Depuis le début ! » lui jette son client. Il retient les mots. (more…)
[Mots] Mille traces
Pour une fois elle se regarde droit dans les yeux. Face au grand miroir, elle s’observe. Des pieds à la tête. Ses cheveux sont encore humides. Deux gouttes filent de son épaule vers son coude, pour se jeter dans les plis de la serviette éponge, en boule, à ses pieds. Elle s’observe, les yeux rougis. C’est un jour spécial. Trente cinq ans. Aujourd’hui. Elle observe sa peau. Nue. Elle la déchiffre. Et se souvient de toutes ces choses qui ont traversé sa vie.
Son genou gauche fendu d’une cicatrice, fine et droite. Les heures passées à ré-apprendre à marcher.
Des vergetures rayent son aine, souvenirs d’un ventre fécond et de maternités heureuses.
L’extrémité de son pouce droit, décapitée par inadvertance un soir de grande agitation intérieure. La peau a repoussé, plus fine et claire.
Des cernes, bleues et grises, dont la profondeur varie selon les jours. Baromètre fiable de ses tourments et de ceux de ses rejetons.
Ici et là, des traces d’éphémères aventures, une égratignure de ronces, un bouton de moustique. L’hiver les effacera.
Elle se tourne maintenant et observe son dos. Elle ne voit que ce grand vide. Cette plaine déserte. Entre ses omoplates délicates, ce grain de beauté oublié, que son mari ne prend plus la peine d’embrasser.
Elle n’a que trente cinq ans, et pense que sa vie est finie…
[Mots] En attendant le prochain battement
Elle se tient assise. Jambes croisées. Son voisin la détaille, regard en biais. Elle l’ignore, elle ne le connaît pas. Ils partagent accidentellement le silence d’un banc, face à la mer. A droite, vue sur un golf bordé de pins marins. A gauche un pont de fer. Grossier, énorme.
Son cœur bat irrégulièrement. Un peu à la manière d’un tambour fatigué, parfois vaillant, parfois terrassé. Ses sourcils se froncent derrière de larges lunettes de soleil – reflets de la Méditerranée obligent. Son visage est concentré. Sur ces battements rebelles.
Sur les oreilles, un ipod d’occasion lui offre une mélodie acoustique. Vient avec, une sensation particulière d’avoir surpris les musiciens en répétition, dans une salle déserte. Guitares et voix sèches. Le violon lui arracherait presque une émotion si elle n’avait cette contrariété, ce cœur capricieux.
Son voisin a maintenant les yeux fermés. Paupière ridées. Bouche tordue vers le sol. Mains croisés sur le ventre. Son auriculaire gauche pincé de deux alliances en or.
Elle se sent seule. Sentiment rare. Et soudain effrayant. Elle écoute ses percussions intérieures : poum, poum, poum, (rien), poum, poum, (rien), poum… C’en est trop, semble lui dire son cœur. C’en est trop de cette vie. Trop complexe. Gourmande. Changeante. Percutante. Entachée de compromissions. Pleine d’absents. De vivants. De vide. C’en est trop. Son cœur ne bat plus en accord avec ce monde. Monolithe pesant et sourd. Impossible à supporter une minute de plus.
Ici. Elle ferme les yeux. Attend le prochain battement de cœur. Qui tarde à venir.
[Mots] Nous demeurâmes un instant silencieux…
Extrait de “Love Song” de Philippe Djian
[…]
Nous demeurâmes un instant silencieux, également assommés, l’un et l’autre, par l’édifiant constat de cette dérive et par cette faculté qu’ont les hommes de toujours travailler à leur propre destruction – comme se donner de mauvais chefs, empoisonner les champs ou désirer des femmes trop belles.
[…]
Note : Les dix premières pages de Love Song sont aussi disponible ici, merci Gallimard !
[Mots] Paysage industriel…
Martigues, Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône. N568. Asphalte bordée de poussière, de pompes à essence, de camions exposés. Une route qui pose la limite de la zone industrielle. Un ruban, orné de poteaux de béton, courts, reliés par des barbelés. Un peu plus loin, le ciel se couvre de fils électriques. Indifférentes aux rares habitations, et forêts de chênes, les structures électriques géantes tracent des lignes jusqu’à la raffinerie. Pyramides d’acier contre cuves immenses, renfermant l’or noir et ses vertueux dérivés. Pétrole, qui fait battre nos cœurs et avancer nos voitures. Pas une enseigne ne vient humaniser ces cylindres. A quoi bon. Certains sont isolés, nus ou recouverts de coulées de rouille. D’autres sont regroupés en tribu. Quelques accessoires minuscules indiquent que la vie fait parfois une ronde dans les parages. Des échelles, des lampadaires, des tuyaux, des routes. Et puis les cheminées. Parfois peintes de rouges et blanc. Vague ressemblance avec la fusée de Tintin, objectif lune. D’ici, les vapeurs s’échappent. Jet blanc. Nuage noir. Brume orange. Inquiétant. L’air se charge d’un soupçon de goudron ou d’essence selon le rond-point désertique que l’on parcourt.
A la nuit tombée, les cuves et les usines s’illuminent. Blanc pour les bâtiments bas. Rouge pour les tours et cheminées. Pas loin de là, une digue infinie, composées de rochers géants blancs, sillonne le bord du bassin. On pique nique. On pêche, aussi. En famille. On observe le soleil glisser derrière les pétroliers, bas et noirs. Ils attendent patiemment dans la rade de recevoir leur chargement.
Bassin de Fos-sur-Mer. Monstre industriel. Création des hommes. Nourrie à la sueur des trois huit. Comme une plaie dans ces terres du sud.
[Mots] Si mes démons devaient me quitter…
Une phrase de Reiner Maria Rilke, inserée dans l’excellent “Esprit d’hiver” de Laura Kasischke,
[…]
Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol.
[…]




