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Une ligne, fine et immuable

horizon_bw

 

Il est une ligne qui m’accompagne. Fine et Immuable. Un horizon de mer. Une ligne repère. A portée de regard.

Une chance que l’on saccage ? Une annonce qui sonne le glas ? Un chagrin que l’on déterre ? Un poing si serré que l’on renoncerait ? La ligne d’horizon est là. Immense. Au bout de la mer. Rien ne résiste à sa constance. Un endroit pour plonger son cœur, l’essorer, le peser, le noyer si nécessaire. Un lieu pour laisser flotter ses pensées de plomb. Faire voguer une armée de bateaux de papier. En brûler quelques uns. Canarder les autres. Ne conserver de cette flotte que les plus vaillants et louables.

Et s’il ne suffisait pas de mirer l’horizon, de jouer ces batailles navales imaginaires, il faudrait faire un pas en avant. Se rapprocher, pour se défaire des bassesse terriennes. Choisir un camp marin. Plonger une main, un orteil, la tête. Dédaigner la terre. S’immerger. Et ne ressortir qu’avec de bonnes intentions.

Et si le malheur nous frappait en haut d’une montagne, au milieu d’un bouquet d’immeubles d’acier et de verre, ou face à la ligne d’horizon chaotique d’un champ de fleurs. Trop loin des frissons réconfortant de la belle bleue. Il suffirait de fermer les yeux. Choisir sa plage. Son rocher. Sa lumière. Ses remous. De projeter cette ligne. Fine. Immuable. Poser là un instant son fardeau. Et se promettre de le reprendre au prochain passage à l’eau.

 

Note : picture ‘Horizon‘ by .jeanmarie.

 

Portrait d’un inconnu

Samedi soir en hiver. Place Aux Herbes. Pavés irréguliers, facettes humides. Il fait sombre et froid. Des grappes d’étudiants agglutinés dans la lumière de la terrasse de la Boîte à Sardines. Écharpes colorées, blousons courts, bottes fourrées et cuirs. Le doré de la bière, le rubis et la cannelle d’un vin chaud. La buée sur les vitres fines se fendrait sous un doigt léger. La porte du bar claque sans arrêt, avec la danse désordonnée des fumeurs. Tout le monde s’en fout. Brouhaha des années libres. Musique de basse et de guitare.

Tu es là. Entouré, d’amis, des blondes, des bruns. Tu es là. Le visage pâle, fatigué. La mine du gars qui se lèvera tôt demain et se couchera tard ce soir. Il est tard. Tu bois. Ton regard se fixe, de temps en temps. Précisément de l’autre côté de la place. Précisément sur la terrasse d’où je t’observe, la terrasse chauffée du bar de la Renaissance, presque déserte. Comme le samedi précédent. Dans la pénombre teintée de rouge, tu fixes quelque chose par ici. Le doute plane.

Est-ce toi que j’ai aperçu ce mardi de pluie, dans le crissement du tramway. Est-ce toi que j’ai croisé ce mercredi glacé derrière ce mur de livres savants. Est-ce toi qui regardais la neige tomber, vendredi, devant les affiches de cinéma. Est-ce encore toi qui porte une bière à tes lèvres, ce soir, Place aux Herbes, en souriant d’un air distrait. Un air de regarder par là. Un air de compter les pas. Un air de peser. Un air de regretter que la nuit avance si vite.

Inconnu. Ton visage m’est familier. Une évidence. Comme un camarade revenu, un fidèle cousin qui débarque, un tambour de mon enfance. Tes yeux, la ligne de ton menton, la vague de ta fine bouche. Tout me parle me semble-t-il. Je crois lire la même évidence, dans tes coups d’œil indiscrets. De la boîte à Sardine au bar de la Renaissance. Cinquante-six pas. Le ciel est noir. L’horizon vide. Inconnu. Nos regards muets ne traceront aucun pont. La Place aux Herbes demeurera infranchie. Nous ne parlerons pas. Ni ce samedi, ni le samedi suivant.

[Musée] Niki de Saint Phalle, une Grande Femme, au Grand Palais

Niki de Saint Phalle est une belle femme, qui sait bouger, s’exprimer, avec grâce, mais pas que. Niki de Saint Phalle sait aussi recevoir les visiteurs de l’exposition au Grand Palais. Elle les attend en haut de l’escalier conduisant à la première des cinq salles consacrées à ses œuvres. Elle sourit sur un écran, puis nous vise de sa carabine. Elégante et calme.

Niki de saint phalle fusil rondOn l’aura compris Niki de Saint Phalle, n’est pas une femme ordinaire. Née en 1930, décédée en 2002, sensible, bouillonnante, intelligente, elle interroge son temps par sa création. Ce temps qui a intégré la révolution industrielle, a éteint les conflits armés en Europe, découvre les joies de la société de consommation, et oublie de se pencher sérieusement sur la condition des femmes. Que sont les femmes ? Jeunes filles à marier, épouses sérieuses, mères, puis rien. Des corps pratiques et beaux, soumis au pouvoir des pères, des époux. Des corps écartés de la mise en œuvre du monde, concentrés sur les fonctions de reproduction et de gestion domestique. C’est en bref ce que Niki de Saint Phalle exprime dans ses œuvres les plus revendicatrices. Sa voix baigne les salles d’exposition, elle explique inlassablement. En français, en anglais. En collage, en peinture, en sculpture.

niki_s_phalle_white_goddess– The White Godness (1963) – Un assemblage de laine, poupée, animaux insectes, fleurs, recouvert de blanc.

 niki de saint phalle leto ou la crucifixion– Leto ou la Crucifixion (1965) –  Une représentation de la femme objet de désir et mère.

niki de saint phalle la toilette– La toilette (1978) –  Une sinistre séance de maquillage pour une femme à tête de squelette

Certes, Niki de Saint Phalle est animée d’une violence, d’une protestation, mais elle dispose d’une énergie, d’un bouillonnement créatif, et propose aussi des pistes à travers ses créations. Les Nana, femmes épanouies, constituantes potentielles d’une société matriarcales. Ces statues immenses sont rondes, colorées, et de l’avis de tous joyeuses. On suivrait volontiers leur pas joyeux, leur danse vers le ciel. Niki de Saint Phalle a su imposer ses Nana partout dans le monde, on les retrouve sous tout pretexte, statues de papier, polystyrène, mosaïque, ou construction gigantesque intégrées dans des paysages, des parcs, des musées, ou encore poupée de chiffon dans les mains d’enfants du monde entier. les Nanas recouvrent le monde – faute de le diriger.

 Niki de saint Phalle dolores– Dolores (1968-1975) –  Une des célèbres Nana …

niki_de_saint_phalle_nanaUne Nana de l’œuvre Les Trois Grâces,1995-2003 – Mosaïque et argentée

Le couple subit également son regard lucide et critique. En témoigne cette sculpture de mariés endimanchés, qui promènent leur amour, symbolisé par une bête noire effrayante, rehaussé d’un cœur rose – so girly. Mais Niki de Saint Phalle n’exclue pas la générosité ou l’amour de son œuvre. On trouvera donc de ci,de là quelques signes (heureux) d’apaisement.

Niki de saint Phalle promenade du dimanceh– La promenade du dimanche (1971) – Une ode à la tristesse des couples

niki de saint phalle vive l'amour

– Vive L’amour (1990) – Un dessin coloré et joyeux…

Enfin, Niki de Saint Phalle a beaucoup joué le jeu de l’installation. Sa mise en spectacle favorite fut, un temps, une technique requérant un fusil. Après avoir assemblé et collé des objets contenant chacun de la peinture, l’artiste tirait sur ces préparations, et créait ainsi en direct, sous les yeux des spectateurs des œuvres d’art colorés. Les films qui rapportent ces séances de création mêlent un sentiment de violence et de force créatrice. Les coups de feu répétés. La peinture qui coule, gicle, goutte, glisse. La foule qui acclame, commente, se bouche les oreilles. Niki vise, tire, et l’œuvre se créée.

Niki de saint Phalle séance de tir– Grand Tir, Séance de Stockhom 1961 – au premier plan

Afin de comprendre la force avec laquelle Niki aura mené son combat toute sa vie, on pourra retenir une des tirades qu’elle prononce dans un de ses court-métrage nommé Daddy, datant de 1972, où elle figure l’assassinat de son père. Elle tire au fusil sur une de ses œuvres en devenir, et récite avec froideur et retenu un texte bouleversant, dont je reproduis ici une traduction personnelle : “Good bye Daddy, ça n’a pas marché, ça n’est pas grave, les esclaves se sont libérés, et profitent maintenant de leur pouvoir, comme tu as profité du tien.” Une déclaration d’autant plus saisissante que Niki écrira plus tard dans un livre autobiographie que son père avait abusé d’elle alors qu’elle était âgée de 12 ans.

L’exposition est rythmée, merveilleusement installée, chaque pièce recréant une époque, une ambiance. La parole et l’écriture de Niki de Saint Phalle y ont une grande place, ce qui permet de comprendre son énergie créatrice. Rendez-vous donc sans hésiter à cette exposition au Grand Palais [1]. On pourra également redécouvrir l’oeuvre complète de Niki par le catalogue très complet de l’exposition [2], suivre sur les réseaux sociaux #NikideSaintPhalle [3] ou effleurer l’émotion des visiteurs sur Instagram [4], et jouer avec l’appli android [5].

[1] http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/niki-de-saint-phalle

[2 ] http://www.boutiquesdemusees.fr/fr/librairie/niki-de-saint-phalle/7284.html?par=113

[3] https://twitter.com/search?q=%23NikideSaintPhalle&src=tyah

[4] http://instagram.com/grandpalais_rmn

[5] https://play.google.com/store/apps/details?id=fr.rmn.expoNiki.fr

Note : les autres billets sur mes visites de musée : https://poulpita.com/tag/musee/

Vues du ciel

bout d aile by marillaume

 

Alaska. Vu du ciel. 10 000 mètres au dessus de la glace.
Ici et là, des mares bleues, dans lesquelles plongent les falaises blanches de glace. Parois lisses et ondulées, os de seiche géant glissés, pointe vers le bas. Sur les étendues d’eau les plus accueillantes, des confettis blancs flottent. Polystyrène de nuages gelés. Là, quelques motifs de flocons aux branches glacées.
La glace est maintenant grise, salie. On prend pied. Terre. Terre. Montagne timide, poil d’ours pelé. Les reliefs s’accentuent, ciselés de route blanches – posées sur les crêtes, ou gisant au fond des vallées. Nulle âme qui vive pour les arpenter.
Voici les plaines fertiles. Cultures en forme d’assiettes rondes, vertes et betterave. Les parcelles sont comme tracées au compas, un quart en jachère. Ainsi donc, on survole une tribu de Pacman géant. Au loin la couverture douillette des nuages. Un mont dépasse, pointu et enneigé. A 500 kilomètres de là, son frère jumeau, à portée de souffle.
On glisse longtemps sur un velours verdâtre, un peu roussi et égratigné, avec des marques de vieux plis, des restes de peaux mortes. Sec et plat. Les routes sont tantôt droites, bonnes écolières, tantôt tortueuses, rattrapées par la réalité. Puis un patchwork jaune et brun, cousu d’éoliennes blanches, courtes sur patte. Où que l’on regarde maintenant, on trouve une ligne droite pour rappeler l’homme.
Deux lacs de montagne séparés d’une colline. Vue d’en haut, ils figurent les yeux irréguliers d’un fantôme. La carrière qui les surplombe me sourit. Au loin, une ville, dans la poussière. Pour y arriver, une ligne, ni droite, ni infinie, mais vue du ciel, on se berce d’illusions. Une ligne imperturbable, tracée à la règle entre deux dorsales montagneuses.
Des flaques de sable ocre et d’eau pure des montagnes perturbent les forêts. Une petite rivière sombre et frisée boucle et re-boucle, bravant la mode du chemin le plus court. Elle dessine un trait large et vivant. Une esquisse de nature au fusain noir. Le trait s’interrompt, coupé par un tourbillon d’arbres et de rochers tenus au respect par une route en cercle.
Un champ de pointes brillantes et chromées. Armure posée à terre. Aucun doute. Il s’agit d’une zone industrielle. Adossés, des losanges de routes à quatre voies. Les champs ronds, carrées, rectangles s’emmêlent, une maison à chaque coin.
Encore quelques montagnes coniques à collerette blanche, une course de haie au dessus de massifs montagneux creusés de Colorados, un ou deux cirques poussiéreux. Et on y arrive. Le Pacifique ourlé d’écume. Une langue de terre recouverte de maison-dominos, longée d’une tresse d’autoroutes. Un coup d’œil vers le ciel bleu, et on aperçoit au loin le pont qui traverse la baie de San Francisco. Immense ponton, à fleur d’eau. Brumeux. On plonge vers la mare verte.
SFO. Terminus.

Note : photo by Maurillaume ‘Bout D’Aile’ en CC https://www.flickr.com/photos/marillaume/

 

[Mots] Mort aux soupirs…

détail tour saint jacques philippe leroyer

Du vent, des vagues, des hautes tours,

Ouvrez les trappes, issues de secours,

Libèrerez là, vos vils instants,

les pires démons, les plus tranchants.

La danse des larmes, les rires grinçants,

Transmutez-ça en bon vieux temps.

Ouvrez les yeux, restez sans âme,

A grand jet d’eau, ouvrez les vannes,

Désincarnez ce vide noir,

Ce flou, ce gris, ce voile, ce soir.

Eclairez-vous, brûlez tout ça,

Faites en donc un feu de joie.

Redonnez-vous de l’innocence,

Accordez-vous du temps, du sens.

Note :  photo de Philippe Leroyer, détails de la Tour Saint Jacques.

[Book] Réparer les vivants

reparer_les_vivants

Certains auteurs vous touchent plus que d’autres. Certains thèmes vous bousculent plus que d’autres. Réparer les vivants de Maylis de Kerangal réussit cette double prouesse et figure désormais dans les chefs d’oeuvre de ma bibliothèque. Qu’en dire… Maylis de Kerangal tisse son sujet, avec un style dense, elle vous fait toucher du doigt et du coeur ce que ses personnages traversent. Un style qui ne vous laisse pas une minute regarder ailleurs. Maylis de Kerangal s’attaque au don d’organes. Un sujet difficile, tabou, qui démange, en appelle à nos démons, à nos croyances. Point de cliché ici, rien qui n’use la corde sensible et facile du lecteur. Juste un regard intelligent, chargé d’histoire et de sens sur les vagues successives que subissent les personnages entourant un corps de donneur, des parents aux chirurgiens. Bien fort celui qui résistera sans ciller à ces immenses moments d’humanité. Une mère qui annonce la mort de son enfant à un père silencieux, provoquant ainsi l’éclat de leur monde. Un chirurgien qui fait valser scalpel, pinces, gants, et duquel surgit un geste bouleversant, sur ce corps inanimé et donnant. Les questionnements intenses d’une receveuse de cœur, terrassée à l’idée de ne pouvoir jamais dire merci au donneur…Un livre immense, beau. On s’y rappelle nos fragilités de mortels, et le goût délicieux de nos instants de vivants.

A lire tranquillement : “Réparer les vivants” de Maylis de Kerangal, Collection Verticales, Gallimard, Parution : 02-01-2014

[Musée] Boston, et son museum of fine arts …

museum_of_fine_arts_entranceUSA. Côte Est. Boston.

Cette ville bénéficie des plaisirs de l’eau, Charles rivière d’un côté, océan Atlantique de l’autre, des grandes écoles, MIT, Harvard, University of Boston. Grande et calme, Boston abrite un musée fabuleux, par sa taille, sa richesse, et son arrangement. The Museum of Fine Arts, sur la green line de son métro.

Ticket en main – valable 10 jours avec autant d’entrée que l’on souhaite – je franchis un couloir sombre qui s’ouvre sur le cœur du musée, une place de laquelle toutes les ailes sont accessibles. Art d’europe, d’asie, d’amérique, contemporain, exposition temporaire, le choix est si vaste que je me fais violence pour choisir une aile.

 

Du côté de l’art contemporain …

All_art_has_been_contemporary

Le ton est donné : “All art has been contemporary”. Ce qui ne veut pas dire que ce département accepte tout et n’importe quoi. Je me laisse charmer par quelques artistes ou oeuvres-concepts.

 

  • Un selfie (oui c’est bien moi sur la photo) pris grâce à l’oeuvre Shadow Box Third Person, de Rafael Lozano Hemmer. Le principe est simple, une camera capture l’image du visiteur et la retranscrit en nuage de mots clés, grâce à un algorithme dynamique. On devient ainsi un nuage de tags mouvant.

lozano_hemmer_third_person

  • Un homme suspendu dans les airs. Cette œuvre me permet au passage de vous montrer que certaines parties du musée sont extrêmement lumineuses et agréables.

homme en l air

  • Un portrait de femme terriblement minimaliste et expressif, composé de trois panneaux de tailles différentes.

femme_minimaliste

  • Brendon Scott French et son travail sur le verre, nommé Tectonic Trace #2.

brendon scott french

  • Une expérience qui ne peut pas se prendre en photo : un écran-enseigne, composé de leds rouges qui s’allument et s’éteignent pour laisser défiler des messages.  Façon arrêt de bus. Les phrases inscrites sont du genre :

When someone beats you with a flash light, you make light in all direction.

It is your own interest to find a way to be tender.

Things are getting worse everyday.

It is fun to work carelessly in a dead zone.

You are so complex, you wont always answer to danger.

Le décalage horaire aidant sans doute, le malaise s’installe rapidement. On reste à lire ces phrases, insidieusement négatives, et on se sent nerveux, agressé. Je fais une pause. Car le musée est aussi un endroit où on peut lire, boire, manger à quelques pas des œuvres…

Du côté de l’art américain…

arts of americaOn trouve des choses intéressantes du côté des artistes américains. La période des impressionnistes, fortement influencée par Paris, est d’une grande qualité.

Les thèmes de la nature sont souvent integrés dans les oeuvres. Et voici quelques artistes remarquables du XIX et XXèmes siècles.

  • The buffalo Tail, de Albert Bierstad (1830 – 1902)

BierstadtAlbert-StudyForTheBuffaloTrail

  • Repos – Montigny sur Loing, de Ernest Lee Major (1888)

Ernest-Lee-Major-xx-Resting-Montigny-sur-Loing-1888

  • The Driftwood, de Winslow Homer (1909)

Winslow Homer Driftwood 1909

 

  • The Yellow room, de Frederick Carl Frieseke (1910)

frederick carl Frieseke

Et enfin, la révélation de ce musée. Le génie aux styles multiples et aux thèmes illimités : John Singer Sargent (1856 – 1925). Un peintre américain expatrié à Paris, comme beaucoup, à qui le talent permet d’aborder le portrait, le nu (homme et femme), l’aquarelle, les natures mortes ou les scènes d’extérieur avec une qualité exceptionnelle. Quelques exemples avec cette Madame Roger-Jourdain (1883) et Giudecca (1907) :

madame-roger-jourdain_john_singer_sargent

 

giudecca_john_singer_sargent

On quitte ce musée avec l’impression de tourner le dos à un trésor d’artiste et de créativité. On y reviendra avec plaisir.

Statue indien devant le MFA

 

En savoir plus :

– le Museum of Fine Arts sur le web : https://www.mfa.org/

– L’oeuvre de Rafael LOZANO-HEMMER http://www.lozano-hemmer.com/projects.php?keyword=Shadow_Box

– Le travail de John Singer Sargent : http://www.wikiart.org/en/search/John%20Singer%20Sargent/1

Autres billets relatifs aux musées :

https://poulpita.com/tag/musee/

Digital art exists, there is a trading place for that

Interesting conference this week in Mozilla office in Paris. Chris Messina @chrismessina stopped by, invited by FivebyFive, to share his current hobby. Digital art.

He discussed several aspects of digital art : what is it, what does it look like, how could it be tomorrow, provided that the technology evolve. And the essential question behind : in the era of pixels and beats being multiplied in one click at no (visible) cost, how could digital artist survive and get paid for their creations.

Well. First it is a matter of faith and value. Either you don’t care, and you copy like hell. Or you believe that artists have a special role to play in our society, and deserve your support. Second, you need to have a place where digital artists are offering their work to a public. Reproducing the principles of commercial gallery. Third, to refrain the hacking, you may enable a versioning of the art pieces. Versioning will create scarcity, which is a fundamental for value creation for art.

Let’s say. I am a fan of unicorn drawing, I buy a digital drawing on the internet, I get a place to store it and a certificate. When I get bored owning it, I can sell it to another unicorn addict. Chris Messina presented to us a platform which enables that scenario. It is named Neonmob https://www.neonmob.com/ and is in beta version. With Neonmob, you acquire art piece, for free or for money, it comes with a certificate – limited editions are stamped, thanks to a bitcoin-like crypto operation. The platform allows you to track if your art piece is extremely rare, or very common, which helps you to define a value to your collection.

 

Note that @marklor reminded his friends that ‘deviant art’ http://www.deviantart.com/ is also a platform allowing to do more or less the same. I let you benchmarking both solutions.

That evening was really interesting cause it covered at the same time the question of what is digital art (a drawing, an animated GIF, a programmable image, a piece of music created with movement sensors, an image animated via wind sensor, …), why is it necessary to create scarcity in digital art, how to collect and enjoy your digital art… This is certainly just the beginning of the questions technologist and art lovers will have to think about and share.

[Musée] Art contemporain, du côté de chez Cartier

fondation cartier 30 ansLa fondation Cartier fête 30 années de mécénat tourné vers l’art contemporain. Une occasion pour aller visiter ce lieu, posé rive gauche, le long du boulevard Raspail. Cette tour de verre accueille s’élève sur plusieurs étages, et accueille dans son sous-sol, et son rez-de-chaussée des œuvres rapportés de rétrospectives précédentes. Les pieds de la tour sont plantés dans jardin, qui lui aussi est une œuvre d’art. Que peut-on observer dans cette exposition anniversaire ? L’art contemporain a ceci d’intéressant qu’il a souvent un parti pris de caractère, et risque donc de détourner aussi bien que d’étonner son spectateur. Je ne partagerai donc ici que les œuvres qui m’ont tapée dans l’œil, dans le désordre, et vous laisse le soin de visiter l’exposition pour me signaler les autres pièces qui vous paraîtraient maîtresses.

–          « Fishnet » de Jivya Soma Mashe. Une toile très classique, comparée au reste des pièces présentées. Elle représente une scène de pêche, délicate, en deux tons.

jivya soma mashe fishnet paris - Copy

–          ”In bed” de Ron Mueck. Une sculpture terriblement réaliste d’une femme mélancolique dans un lit. Réaliste, mais également géante. Pas un visiteur ne reste silencieux ou immobile devant cette vision, frappante de réalisme.

femme geante bis

–          Moébius. Représenté par deux carnets, effeuillés et soigneusement alignés sur les murs. Le trait précis du maître ne peut que séduire. Une projection d’un film en 3D est également programmée. Moébius y met en valeur la légèreté par le vol de vaisseau, la danse effrayante de créatures filiformes, la course des corps dans une végétation bondissante.

carnet moebius

–          Les objets amusants de Takeshi Kitano – oui le cinéaste. Mi-animal, mi-machine, Takeshi Kitano transforme des insectes, des poissons ou des mammifères en moteur de tank, roue motrice de train…

gosse d artistegosse d artiste tergosse d artiste quatre

 

–          Les lampes en pliage de Issey Miyake, qui éclairent la pièce principale de l’exposition, mais également le jardin.

issey miyakke in-ei

Justement, parlons-en du jardin qui cerne la tour Cartier. Il est vert, sauvage, mais structuré. Certaines installations sont des acquisitions de la fondation, des pierres agencées, un mini-auditorium composé de deux bancs et un lavoir. Une roulotte sert des boissons. Je n’aurai pas le temps d’en profiter  de grosses gouttes de pluie s’écrasent sur mon carnet et me font fuir. Reste un couple d’amoureux attablé qui discute sagement sous un parapluie…

 

Note : autres billets relatifs aux musées https://poulpita.com/tag/musee/

[book] L’écriture : travail de mémoire, de force et d’équilibre

Le weekend dernier se tenait à Aix en Provence les Journées des Écrivains du Sud, dans la majestueuse cour de l’Hôtel Maynier d’Oppède, à deux pas de la Cathédrale Saint Sauveur et de l’Archevêché. Un bel endroit, pour de belles rencontres. On y croise Fréderic Mitterrand (en tenue décontracté, entouré de groupies de tous âge, qu’il accueille patiemment), quelques caricatures d’intellectuels parisiens (coupe longue, écharpe en soie…), mais surtout, on y écoute la parole d’écrivains sur le processus d’écriture. Laissez-moi-vous rapporter quelques points de vue sur cette question, entendus au cours des nombreuses conférences qui animaient ces rencontres. Deux perspectives, de deux écrivaines, qui m’ont paru particulièrement pertinentes, généreuses et sages.

Mazarine Pingeot. Ecrivaine. Fille de François Mitterrand. Longtemps gardée au secret. Que nous dit Mazarine sur les raisons et les procédés d’écriture. Elle y mêle évidemment son parcours singulier, et son enfance contraignante, où il lui était devenu une seconde nature de ne parler, ni trop, ni trop précisément, au sein de sa famille et à l’extérieur. Afin de ne pas trahir le secret des autres. Dans cette situation particulière, la lecture et l’écriture lui ont paru le media idéal pour dire les choses interdites, rencontrer des univers bavards et transparents. Voilà pour la motivation de se construire une vie d’écrivain. Maintenant pour le geste d’écriture en lui-même. La fiction apparaît à Pingeot comme la voie royale, pour retrouver sa mémoire confisquée, étouffée par nécessité. Car les choses non-dites, nous rappelle-t-elle, disparaissent (un argument qui me touche particulièrement, mais il s’agit là d’une autre histoire). La recherche de cette mémoire est donc un travail de chaque instant, un travail de récupération, qui oblige l’auteur à saisir chaque écho, chaque fulgurance, et de les retranscrire avec une voie singulière, un style particulier. Dans quel but ? Mazarine s’explique. Pour résoudre le problème d’avoir été crée par l’histoire des autres (un peu le lot de chacun, n’est ce pas ?). Pour se réconcilier avec soi. Pour accéder ainsi à une certaine forme de liberté.

Autre écrivaine. Autre perspective Maylis de Kerangal présente le roman comme un espace, dans lequel toute forme d’usage des mots est soluble : le fait divers, la biographie, la chanson, l’histoire, le poème. Genre malléable, sans règle – le mauvais genre, résume-t-elle – c’est également le lieu de l’hyper-décision de l’auteur. L’auteur doit donc être porté pour couper, trancher, décider, percer les mots, et créer une œuvre vraie. Ainsi Mayliss partage avec nous son processus de création. Elle décide de l’ambiance de son ouvrage. Plutôt intérieur, extérieur, ouvert, fermé, lumineux, sombre. Elle dégage ensuite une histoire, un univers, puis une question – qui peut apparaitre au fil de l’écriture. Et elle l’alimente. Par de la documentation, et par les émotions, les expériences, les rencontres que cette démarche documentaire fait émerger. Un processus qui se nourrit des matériaux rencontrés en chemin. Un processus qui nécessite un élan au départ. Ce que Maylis appelle la vague. Un mouvement, pétri d’énergie, mais aussi de risque de retomber, de céder au vertige. Le roman ne se résous et n’émerge donc que lorsque l’écrivain sait concilier les forces contradictoires qui le traversent : la terreur d’écrire et le désir d’écrire.

Deux voix, l’une prônant le travail de mémoire nécessaire à une liberté, l’autre prônant le travail volontaire et courageux.

Deux voies que les auteurs pourront mêler pour trouver leur propre chemin vers l’écriture.

 

Note : je ne peux que vous recommander de lire Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, un roman dense et court.