art [fr]

[Musée] Un regard sur Visages

 

indexVisages

Marseille. La Vieille Charité, dans le quartier du Panier. Quartier bobo-prolo. Un îlot cerné par la cathédrale de la Major, le MUCEM, l’Hôtel Dieu et le Boulevard des Dames. La Vieille Charité bonifie avec le temps. Ancien hospice, elle accueille un centre de poésie, une librairie, un bistrot sympa, les Musées des Arts Africains, Océaniens, Amérindiens, et des expositions temporaires. En ce moment, Visages. (more…)

[Mots] Syndic

palmier

– Ha ben, c’est pas trop tôt.
– C’est pas avec toi qu’on va réussir à préparer l’assemblée générale du mois prochain !
– Désolé. J’avais un truc à faire. Le boulot.

– Tiens, signe la feuille de présence.

– Dites donc, vous faites ça bien !

– Ben oui, si on n’est pas organisé, c’est le bordel. (more…)

[Mots] Les mots, sombres et terribles.

les mots sombres et terribles

Les mots sombres et terribles. Ils me cisaillent. De la nuque aux tripes. Quelque part, près du nombril. Il y a un nid. Ça fourmille. Je sens leurs petites pattes. Il y en a des pointus, des lourds, des clandestins – les pires – habitués à vivre cachés, rampant.

Ils me cisaillent, me traversent, se jouent de moi. Profitent d’une égratignure, d’un titubement, se précipitent sur la plaie. Et piaillent. Ils veulent sortir. Parader. C’est mon heure, disent-ils. C’est mon moment. Non. pas maintenant, leur dis-je.

Alors, ils se vengent. Percent des tunnels. Nouent ma gorge. Subtilisent un sens. Puis. Vaincus par le silence, repoussé par la discipline, ils cèdent. Se rangent et s’entassent, oisifs et narquois, jusqu’au prochain naufrage.

photo credit: mll via photopin cc

[Musée] Les Beaux-Arts de Marseille

palais-longchamp_luc_orbitelli_cut

Le Palais Longchamp offre depuis toujours une vue imprenable sur Marseille. Du haut des ses cascades, perché sur les taureaux fulminants ou derrière les statues géantes, on aperçoit Notre Dame de La Garde. A nos pieds, l’aile gauche du Palais abrite le Muséum d’Histoire Naturelle (et son imposant éléphant d’Afrique). Depuis quelques semaines l’aile droite a ré-ouvert et accueille le Musée des Beaux Arts, proposant des œuvres d’art du XVII au XXème siècle. Lorsque l’on pénètre dans cette aile restaurée, on est sous le charme des escalier imposants, des colonnes de marbre, des sols de mosaïque et du parquet – qui craque sous nos pas prudents et timides de visiteurs. (more…)

[Mots] Mécaniques Humaines

poulies

Cette nuque qui s’incline. Notre patience étirée, distendue, blanchie. Qui cède brusquement pour empourprer nos joues, redresser un regard. Ces poulies qui s’activent pour rétablir les équilibres.

Ce sourire en coin. Reflet discret de nos désirs. Qui décore de lampions rouges le fil de nos échanges. Qui sublime nos élucubrations sur la pluie et le beau temps en promesses d’infini.

Ce regard diablement droit. Continuité d’un corps pilier, d’une volonté certaine, d’un élan raisonné. Monolithe en mouvement.

Cette main qui fuit et s’efface. En fluides esquisses et agiles glissades. Première pierre d’un monument de fracture. Cette main traîtresse disparaît laissant un souffle de vide.

Cette voix éraillée. Qui peine à monter. Se pose et s’éteint, étouffée. Harmoniques désordonnées, parsemées de notes perdues, de sons transparents.

Nous ne sommes que mécanique, niveaux, poids et pistons. Ajustés sans cesse. Que la vie parfois caresse, d’un répit temporaire, d’un équilibre futile.

[mots] Un piano dans la gare

piano

Un panini jambon cru, et une bouteille d’eau, siouplait.

Je m’appelle Karen.

Un dessert avec ça ? Pour faire la formule ?

Je travaille au snack. Meet and go. En face de Macdo. A Saint Charles. La gare de Marseille.

Douze euros soixante-dix.

J’aime bien c’est tranquille.

Bonne journée. Monsieur ? Un coca. Light. non, zéro. On a que du light. Ok.

Et surtout de l’autre côté de mon comptoir, ya mon pote. Le piano.

Cinq euros et dix centimes, s’il vous plaît, madame. J’ai les dix si vous voulez.

Le piano. Noir. Avec son invitation : “A vous de jouer”. Il s’y passe plein de choses. Déjà, sans ça, il se passe plein de choses dans ces couloirs. Le vent. Les retards. Ça traîne, ça flâne, ça court. Ça zone un peu. Pas trop : position debout oblige. Ya pas de banc. Sauf. Le banc du piano.

Une salade montagnarde. Ya les couverts ? Oui. Tant mieux ! Sept euros et quinze centimes, s’il vous plaît, monsieur. J’ai les quinze, si vous voulez.

Toujours occupé ce banc. Jamais vide. Des étudiants, des vieux, des ados. Ils posent leurs mains. Ou le bout de leurs doigts sur les touches. Ils gloussent. Ils sont sérieux.

Une orange pressée. On fait pas, madame, c’est pas la saison. Ha bon ? Jamais entendu ça. Un jus de pomme alors. Trois euros dix. J’ai les dix si vous voulez. 

L’autre jour, ya un couple qui l’a repéré. Ils ont jeté leurs sac à dos géants à terre, posé leurs hamburgers en équilibre dessus. Ils se sont assis. Côte à côte. Elle a fermé les yeux. Elle a joué un truc. Doux. Mais doux. Tout le monde a ralenti. Les gens se sont arrêtés. Attroupement.

Une canette de coca. Normal ? Ben oui ! Trois euros vingt s’il vous plaît madame. Je peux payer par carte bleue ? Oui.

Et lui. Il la regardait. Elle, elle jouait. Elle était partie. Je l’enviais un peu.

Votre code, s’il vous plaît.

Des enfants ont accouru. Du style qui vient de faire cinq heures en train, qui a besoin de se défouler.

Voilà, votre ticket. Bonne journée. Merci, vous aussi.

Les gosses ont tapé sur les aigus, à droite du piano. En ricanant. La pianiste n’a même pas bronché. Elle était partie. Elle a juste souri.

Un brownie noisette. Et une pomme. On n’a plus de brownie noisette. On a chocolat, amandes, noix-orange. Alors celui-là. Là ? Oui. Ce sera tout ?

Moi, ce piano, il me fait rêver. Il est posé là. Tout le temps. Jamais vandalisé. Pas un tag. Rien. Les gens qui le voient, on sent que ça leur fait quelques chose.

Treize euros cinquante. S’il vous plaît, madame. J’ai les cinquante, ça vous arrange ?

Comme si on leur faisait un cadeau. Auquel il n’avait jamais pensé. Un vrai cadeau.

Une salade de taboulé. Ce sera tout ? Non. Une bouteille d’eau.

Un bout d’exception dans leur voyage. Comme une caresse. On pose ses bagages. On écoute. On s’écoute.  Ce piano, il me fait rêver. Sa mélodie me fait parfois oublier ce tiroir caisse. Qui glisse. Qui tape. Un jour…

Une salade moza.

[Musée] papiers et encres, du geste à l’esprit

centre pompidouAu cœur de Paris, ancré entre les Halles et la Tour Saint Jacques, le Centre Pompidou. Mon ticket glacé en main, je rejoins le niveau 4 par le tube-escalator pour entamer une visite du Musée d’Art Moderne, prête à en découdre  avec les propositions artistiques de 1960 à nos jours. Matière, concept, gigantisme, l’art repensé, je suis prête. Sauf que … Les dessins de la donation Florence et Daniel Guerlain me détournent de mon but. Je reste prisonnière d’un labyrinthe de murs blancs, où le papier fait loi.

N’importe quel papier. Le blanc, le calque (brûlé ou pas), le sépia, caran d’ache, imprégné de cire. Toutes les façons d’y laisser des traces sont autorisées. Gouache, encre, fusain, aquarelle. Un papier, un dessin. Ce qui interpelle dans cette exposition, c’est la sensation, pour chacune des œuvres, de sentir la main de l’artiste, son intention. Les intentions. Car la multitude des artistes induit la multitude des propositions. Dessin esthétique, exploratoire, politisé, joueur, personnel, studieux. La richesse de cette collection est indéniable. Chacun y croisera au moins une œuvre qui caressera sa sensibilité, titillera ses questionnements. Pour ma part, voici les artistes qui m’ont fait aller, venir et revenir devant leurs œuvres.

Jean Luc Verna  et ses poupées monstrueuses mise en scène avec du fusains sur papier sepia. Des monstres naïfs et retros.

JL_verna_poupéeAnne Lacouture et ses marionnettes. Ma série préférée : dix dessins à l’encre de chine. Tout commence par un visage. Ou plutôt, une chevelure bouclée dessinant un espace vide qui nous fait espérer un visage. La chevelure s’anime, des yeux apparaissent entre les mèches, des silhouettes sortent de l’ombre, montent des échelles, se multiplient, s’organisent, prennent le pouvoir… Pour finalement anéantir nos espoirs. Point de visage, jamais, juste une trainée sombre et inquiétante sur les deux derniers tableaux.anne_lacouture_marionnettes_undeuxtroisFabien Merelle et ses portraits de SDF. Les couleurs froides, les corps posés, statiques, en partie neutre, invoquent une situation forte.

Fabien_Merelle

Ou encore, Sergey Anufriev et ses minuscules silhouettes d’encre, précisément posées sur une ligne de terre, une ligne de temps, un fil tendu sur de grandes feuilles blanches. Ou alors, Nancy Spero et sa mise en scène de silhouettes inquiétantes mêlées aux phrases de Artaud, dérangeantes. Stéphane Calais et ses estampes florales discontinues. Bien d’autres œuvres m’ont touchée : mais je ne peux que vous recommander d’aller déambuler dans cette exposition, et de rapporter les vôtres !

L’exposition :

Donation Florence et Daniel Guerlain, Centre Pompidou, Galerie du Musée et Galerie d’art graphique, niveau 4. Jusqu’en mars 2014. www.centrepompidou.fr

D’autres références :

Jean Luc Verna http://www.airdeparis.com/verna.htm

Anne Lacouture : http://www.annlacouture.com/

Billet sur Anne Lacouture et ses silhouettes : http://anneclaireplantey.wordpress.com/2013/12/15/anne-lacouture/

Billet sur l’œuvre de Fabien Merelle : http://www.boumbang.com/fabien-merelle/

Scorsese dans le plus vieux cinéma du monde

martin-scorsese-2012La Ciotat est une petite ville qui compte parmi ses illustres fantômes une flotte impressionnante de navires marchands sortie de ses chantiers navals, ainsi que la légende d’avoir été le berceau du cinématographe. En effet, les Frères Lumières, qui possédaient une résidence d’été dans cette ville, ont recueilli un grand succès avec un de leurs premiers films tourné en 1895 intitulé L’Arrivée d’un train à La Ciotat. Depuis la ville entretient le souvenir du septième art, avec son festival international du court métrage (enterré maintenant), et sa salle de cinéma Lumière. Il existe maintenant un lieu pour incarner cette histoire, des Lumière, de la Gare, du Berceau : le Théâtre de l’Eden, une des plus vieilles salles de cinéma du monde, poncée, rénovée et inaugurée l’automne dernier. Voyez un peu le contraste des bâtiments photographiés en 1900 et en 2014 !

eden_1900 eden_2014

Cette année le Théâtre de l’Eden ouvrira ses portes 3 fois par semaine pour des projections de film art et essai. Cette semaine, j’y ai vu Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Ma première visite des lieux. Premières impressions : un mélange de verre, de tomettes et d’escaliers en métal guide les pas des visiteurs vers la salle de projection. Le ton résolument chaud et rouge de la salle lui donne un côté rétro, mais le plancher, les plaques argentés et ciselées qui ornent le dos des fauteuils, en velours trop neuf lui confèrent une touche de modernité. La projection commence, Scorsese et Di Caprio s’imposent. Qu’importe le lieu, finalement. Néanmoins, l’expérience est étonnante, le contraste entre ce lieu chargé d’histoire noble et respectable, et ce film dérangeant et déjanté laisse rêveur.

On retiendra qu’avec cette salle, La Ciotat vient compléter sa richesse culturelle, initiée avec sa récente médiathèque Simone Veil, digne de ce nom, et une librairie exceptionnelle Poivre d’Âne. A nous d’en profiter et surtout d’investir ces lieux pour leur donner un sens…

Les-freres-Lumiere-1900

[Mots] Insomnie

4h42.

Un tramway gronde au loin.
La ville vacille sous une lumière blanche et orangée.
Silencieuse.
Les rues n’abritent que quelques ombres, titubantes, défoulées.
Le parquet ne craque plus, abandonné depuis longtemps.
Place, faites place, entend-on.
J’ai des choses à dire, des questions à poser, des tapis à soulever.
D’abord.
Cet ouvrage. Il avance ?
Hier. Ce regard, que voulait-il dire ?
Demain. Pourquoi y aller ?
Lundi. Par quoi commencer ?
Le monde. Cette guerre ne s’arrêtera jamais ?
La vie. Elle s’arrête. On le sait. Merci.
On se tourne.
Laisser défiler les bataillons d’interrogations. Dédaigner les soulèvements. Penser aux rivières apaisantes. Aux sourires satisfaits.
Oui mais.
Cet ouvrage. Il avance ?
Cette attitude. Tu n’as pas honte ?
Cette insolence. Jusqu’à quand ?
On se tourne. Sourcils froncés.
De la force, il en faudra.
Du sommeil, on en manquera.
Cette famille, on la tuera.
Les idées piétinent.
Si au moins on pouvait démêler là tout de suite, l’écheveau des pensées contraires.
Mais la nature nous laisse endolori, couard. Du jus de navet dans les bras, une enclume sur les paupières.
L’esprit en éveil. Trompé, biaisé.
La colère monte. Les cibles du matin s’alignent. Tous y passent.
On se  tourne. On cherche son air.
On scrute une raison dans les motifs flous du tapis persan.
On se drape d’optimisme.
Demain est un autre jour.
On se tourne.
Oui.
On se tourne.
Non. Rien ni personne ne viendra nous sauver.
On se tourne.
Personne.
Le plafond blanchit. Le tramway repasse.
On se  tourne. Jusqu’à ce que le plancher craque à nouveau.

[Mots] Matin et mouton gris

gris_dans_le_ciel_by_noematiqueDe ces matins gris, nuageux, oppressants, qui vous font reconnaitre la supériorité du temps et des éléments. De ces matins, qui vous donneraient la lucidité nécessaire pour écrire votre nécrologie en 453 mots. Une vision de fin tranquille. Qui évacueraient de vos vies les demi-réussites, les ratés, les turpitudes secrètes – elle aimait ceci, a voulu cela, s’est battue pour ça. Ces matins décalés qu’alimente le grondement des vagues au loin, dénoncé par le vent. (more…)